Le chemin de croix du Burkina Faso

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Le 12 mai 2019, le Gloria de la communauté de chrétienne de Dablo a fait place à un chemin de croix. Plus d’une trentaine d’individus armés ont fait irruption dans la mission et ont encerlé l’église paroissiale. 

Les assaillants ont intimé aux fidèles de renoncer à leur foi tout en brûlant les croix et autres objets de piété. Le Père Siméon, vicaire de la paroisse, et cinq fidèles chrétiens ont été froidement assassinés. Accès au numéro spécial en hommage aux victimes.

Face aux attaques permanentes, Mgr Dabiré, connu pour militer en faveur de la cohabitation interreligieuse, a été contraint de réduire les activités pastorales des prêtres et de mettre à l’abri les catéchistes et certaines communautés religieuses.

Il pose clairement la question aux Burkinabè : « Est-ce que nous voulons être opposés sur le critère identitaire, ethnique ou religieux ou bien voulons-nous être des citoyens d’un même pays malgré nos diversités culturelles, religieuses, régionales ? » (voir l’article d’Edouard K. Samboé)

Une vague de violence inquiétante :

15 février : Nohao.  Le Père Antonio César Fernández, missionnaire salésien de nationalité espagnole est tué lors d’une attaque contre le poste de contrôle de Nohao, à la frontière avec le Ghana.

Nous sommes toujours sans nouvelles du P. Joel Yougbaré, curé de Djibo disparu depuis 17 mars.

Lundi 13 mai : Singa. Quatre fidèles tués lors d’une procession mariale.

Vendredi 17 mai : Le Père Fernando Fernández, missionnaire salésien de nationalité espagnole, a été poignardé au centre salésien Don Bosco dans la ville de Bobo Dioulasso, dans le sud-ouest du Burkina Faso.

Dimanche 26 mai 2019 : Quatre fidèles ont été tués dans le cadre d’une nouvelle attaque perpétrée contre une église au cours de la Messe dominicale au Burkina Faso à Toulfé.

« La communauté chrétienne de Toulfé a été la cible d’une attaque terroriste alors qu’elle était réunie pour la Messe dominicale. L’assaut a causé la mort de quatre fidèles » a annoncé dans un communiqué S.Exc. Mgr Justin Kientega, Evêque d’Ouahigouya.

Selon les témoignages recueillis, 8 hommes lourdement armés sont entrés dans le village aux alentours de 09.00 locales sur quatre motocyclettes. Ils sont entrés dans l’église où la communauté venait de se réunir pour participer à la Messe, ouvrant le feu de manière indiscriminée. Trois personnes sont mortes sur le coup, une autre est décédée des suites de ses blessures. L’attaque a par ailleurs fait des blessés.

« Face à cette inquiétante vague de violence qui déferle sur le Burkina Faso mais aussi sur le Niger, le Mali et le Nigeria, nous exprimons notre plus forte condamnation et nous désirons assurer nos frères et sœurs frappés par la violence de notre solidarité, de notre prière et de notre compassion. En tenant notre Assemblée ici au Burkina, nous avons voulu vous donner un signe de notre proximité efficace et émotionnelle » ont écrit dans le communiqué final les participants à la III° Assemblée plénière des Evêques d’Afrique occidentale (CERAO), tenue à Ouagadougou, au Burkina Faso.

Le Défi du Burkina Faso – point du vue du Cardinal Philippe O.

 Le Burkina Faso était un havre de sécurité pendant longtemps, contrairement à ses voisins du Mali, du Niger et du Tchad. Il a même joué un rôle de médiation dans le conflit malien et contribué à la libération d’otages.

Aujourd’hui, de nombreuses régions du pays sont régulièrement visées, notamment le Sahel et l’Est. Notre légendaire vivre-ensemble ethnique et religieux est durement éprouvé. Les populations civiles sont aux abois, menacées, traumatisées, déplacées, tuées. Deux dérives sérieuses nous menacent : le dérapage ethniciste avec les massacres de Yirgou et celui religieux, dont le paroxysme a été les massacres au cours d’une Messe d’un prêtre et des chrétiens à Dablo et Bam, ainsi que d’un pasteur protestant avec ses fidèles à Gasaliki. Des chefs coutumiers ne sont pas épargnés. Il s’agit de la plus grande menace contre l’intégrité territoriale et l’unité nationale. La question qu’on est en droit de se poser est : Pourquoi ces attaques terroristes contre le Peuple burkinabé ?

Face à cette situation nationale, il nous faut un sursaut national, c’est-à-dire, une mobilisation générale de tous les fils et filles du Faso pour faire face à l’ennemi commun. Tous doivent dépasser les intérêts individuels et corporatistes pour regarder dans la même direction, se mobiliser ensemble pour donner une réponse historique conséquente de la défense de la Patrie en danger.

L’État et ses démembrements dont les FDS (Forces de Défense et de Sécurité) doivent jouer un rôle de première importance et de façon adéquate. Nous sommes invités à promouvoir une culture du dialogue interreligieux et interethnique (du respect mutuel des différences légitimes et complémentaires).

Il nous faut redoubler d’effort dans ce sens et vaincre les tendances intégristes, radicalistes et xénophobes. Enfin, il nous faudrait renforcer la coopération sous-régionale et internationale tant du point de vue politique, diplomatique, judiciaire, militaire. Le Burkina Faso a plus que jamais besoin de la solidarité tant au plan national, sous régional, qu’international pour une société réconciliée dans la justice et la paix véritable et durable.

+ Philippe Cardinal OUÉDRAOGO

 Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

Présence des OPM au Burkina Faso

Les Œuvres Pontificales Missionnaires de France sont en lien depuis longtemps avec le Burkina Faso. Parmi d’autres projets, elles ont notamment participé au développement du Grand Séminaire Saint Jean-Baptiste de Ouagadougou et à la vie des paroisses Saint Joseph de Leo et de Kokologho. A travers l’Enfance Missionnaire, elle soutient les aumôneries diocésaines de l’Enfance de Bobo Dioulasso et Dedougou (en particulier pour la construction de cantines scolaires et la prise en charge d’enfants atteints de maladies rares). L’équipe des OPM tient à rendre hommage à toutes les personnes investies avec courage, souvent au prix de leur vie, dans toutes les paroisses burkinabè.

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