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Une foi ardente : bienheureux Carlo Acutis

Par Sœur Aimée Nshobole Maheshe, Carmélite missionnaire de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus  

À Celui qui peut réaliser, par la puissance qu’il met à l’œuvre en nous, infiniment plus que nous ne pouvons demander ou même concevoir, gloire à lui dans l’Église et dans le Christ Jésus pour toutes les générations dans les siècles des siècles. (Ep3, 20-21)  

Comment ne pas rendre grâce à Dieu qui nous aime tant. Oui, Seigneur, ’’c’est ta puissance qui se déploie dans la faiblesse quand tu donnes à des êtres fragiles de te rendre témoignage par le Christ, notre Seigneur’’. (Préface des saints martyrs) 

Quoi de plus fragile que l’homme, plus fragile encore quand il n’est encore qu’un enfant ou un adolescent et pourtant notre Dieu dans sa Puissance nous prouve du jour au jour combien est grand son amour pour nous. Dans toutes les générations, de tous les âges, il suscite des disciples, des apôtres. Il se tient à la porte et frappe, attendant la réponse, et il demeure avec tous ceux qui ouvrent leur cœur pour accueillir son Amour et fait d’eux les témoins de cet Amour. Mais, hélas notre cœur est lent à croire mais lui ne nous abandonne pas.  

Aujourd’hui encore, il vient au secours de notre faiblesse, de nos doutes, de nos résistances, de nos incohérences, de nos dépendances… en nous donnant un modèle de vie en la personne de son serviteur le bienheureux Carlo Acutis Surnommé le « geek » de Dieu. Un jeune de 15 ans, né en 1991, décédé en 2006 et solennellement proclamé bienheureux le 10 octobre2020, au cours d’une messe célébrée dans la Basilique Saint-François d’Assise par le cardinalAgostino Vallini en présence de ses parents et plus de 30 000 personnes. 

 

Qui est Carlo Acutis ? 

Il est né le 3mai1991 à Londres et fut baptisé le 18 mai. Il est issu d’une famille italienne, catholique de tradition mais non pratiquante, originaire de la Lombardie. En septembre 1991, la famille Acutis retourne en Italie et s’installe à Milan.   

Très tôt Carlo manifeste son goût pour la piété.  Il cultive une vie intérieure intense que ses parents ne soupçonnent pas. Sa mère témoigne :

A trois ans et demi, il demandait à entrer dans les églises pour saluer Jésus. Dans les parcs de Milan, il cueillait des fleurs pour les offrir à Marie. A 7 ans, il manifeste son désir de recevoir la communion (au lieu de 10 ans). Nous l’avons laissé libre. Cela nous paraissait beau et nous avons demandé une dérogation à Mgr Pasquale Macchi, ancien secrétaire de Paul VI.

Ayant constaté la maturité spirituelle du garçon, le prélat l’autorise à faire sa première communion à 7 ans. La cérémonie a lieu au monastère des ambrosiennes de Perego le 16juin1998 

Dès lors, et jusqu’à sa mort, Carlo participe chaque jour à la messe. Il disait : « Si l’on s’approche tous les jours de l’Eucharistie, on va tout droit au paradis. » Il se passionne pour l’Eucharistie. Jésus devient le centre de sa vie. Il cherchait toujours, avant ou après la célébration eucharistique, à prier devant le Tabernacle pour adorer le Seigneur réellement présent dans le Saint Sacrement. Il disait : « Sous le soleil, on finit par bronzer. Sous le regard de Jésus Eucharistie, on devient saint ! ». Jésus présent dans l’Eucharistie était son grand amour.  

Cette relation intime avec Jésus ne l’empêche pas d’avoir une existence normale, comme n’importe quel jeune de son âge. Il aime les jeux vidéo et les Pokémon, les chiens et les dauphins, la voile et le foot, les amis et les voyages. Sa nature extravertie attire les gens. Comme bien des jeunes, il passe des heures au téléphone avec ses amis. Cependant, développe une grande pureté de cœur et d’intention dans ses paroles et ses gestes. Très engagé dans sa foi, il donne dès 2002 ses premiers cours de catéchisme à sa paroisse. 

En plus de sa dévotion particulière pour l’Eucharistie, Carlo a aussi une grande dévotion pour la Vierge Marie. Elle était sa confidente. Il l’a défini comme « l’unique femme de sa vie ». Il ne manquait jamais de l’honorer en récitant chaque jour le chapelet. Il aime notamment l’histoire des apparitions de Lourdes et de Fatima. Carlo se passionne aussi pour la vie des saints, en particulier François d’Assise, Antoine de Padoue, Dominique Savio et les trois bergers de Fátima. En février 2006, il fait un dernier voyage à Fatima. 

L’œuvre la plus importante qu’il créa fut son exposition des miracles eucharistiques. Deux ans de recherche et de voyages, dans lesquels ses parents se sont aussi investis, pour exposer 136 miracles eucharistiques reconnus par l’Église, avec photographies et descriptions. Au départ simple site internet, son exposition a été matérialisée et présentée sur les 5 continents 

Cette foi ardente de Carlo Acutis ne vient pas de ses parents qui vont rarement à la messe, mais de l’action de l’Esprit Saint en lui. Il est tout naturellement ouvert au sacré, au mystère, à la foi. Sa maman confie qu’au cours de sa vie elle n’était allée à l’église qu’à trois occasions : première communion, confirmation, mariage.

Carlo m’a sauvée. J’étais une analphabète de la foi. Je me suis rapprochée de la foi grâce au père Ilio Carrai, le « Padre Pio » de Bologne. Autrement je me serais sentie discréditée dans mon autorité parentale ! 

Sa foi n’était pas, non plus, fondée sur les « miracles » ou les « apparitions » : c’était une foi mûre, à l’école de Marie, nourrie par la parole de Dieu, par la prière et l’expérience du Christ vivant dans sa vie et de la communion des saints, par l’amour de l’Eglise et du Successeur de Pierre. Il a puisé sa force et sa joie en intériorisant ces pratiques très simples : la messe, l’adoration eucharistique, le chapelet, le sacrement de la réconciliation. Il disait : 

Demander pardon et se réconcilier avec Dieu, c’est comme rallumer le feu de sa montgolfière et jeter les pierres qui alourdissent sa nacelle. 

Au niveau scolaire, Carlo fréquente l’école des Marcellines de Milan puis l’Institut Léon XIII, lycée tenu par les jésuites. Il est remarqué par ses professeurs pour ses bons résultats et apprécié par ses camarades pour sa bonne humeur, sa générosité et sa gentillesse envers tous. Un adolescent de notre temps comme beaucoup d’autres, engagé à l’école, parmi ses amis. C’était aussi un informaticien chevronné : il montait  des films, créait des sites internet (notamment pour sa paroisse et son lycée) et se mettait au service des enfants, des personnes âgées et des plus pauvres pour qui ce monde était moins accessible. C’est sur tout cela que s’est greffé sa rencontre avec Jésus-Christ. Il disait :

Être toujours uni à Jésus, voilà mon programme de vie. Mon secret, c’est d’avoir un contact quotidien avec Jésus.

Dans l’aumônerie du lycée, Carlo exerce une certaine influence par son exemple. Il leur transmettait notamment l’importance qu’avait pour lui l’Eucharistie, son « autoroute pour aller au ciel ». L’adolescent amoureux de Dieu et du monde trouve sa joie dans l’adoration eucharistique 

 Jésus est amour et plus on se nourrit de lui, plus on augmente notre capacité à aimer.

S’adressant aux jeunes dans son exhortation apostolique (Christus vivit 104-106), le pape François le cite en modèle : (…) il a été capable d’utiliser les nouvelles techniques de communication pour transmettre l’Evangile, pour communiquer valeurs et beauté. Il n’est pas tombé dans le piège de la modernité (…).   

 

Voir en chaque rencontre le visage du Christ

Enfant choyé, il est apprécié de tous à la maison et à l’école. Souriant, proche des gens, surtout les plus faibles, il brise la barrière des classes sociales. Il sert les pauvres dans les soupes populaires et les clochards dans la rue sans les juger. Il les servait aussi dans la maison des sœurs de Mère Teresa, et chez les Capucins. Il occupe aussi son temps libre à visiter les personnes âgées et économise son argent pour le donner aux plus nécessiteux, il leur offrait des sacs de couchage. Il disait souvent :

Le bonheur c’est d’avoir le regard tourné vers Dieu. La tristesse c’est d’avoir le regard tourné vers soi-même.

Il témoigne de sa foi auprès de ses amis et il défend ses convictions avec audace, comme le respect de la vie du début à la fin. Son aspiration est d’être lui-même, libre, sans succomber aux idées à la mode. 

Nous sommes tous nés comme des originaux, mais beaucoup d’entre nous meurent comme des photocopies.

Afin de ne pas « mourir comme des photocopies », Carlo disait que notre boussole devait être la Parole de Dieu, à laquelle nous devons constamment nous conformer. Mais, pour atteindre un tel objectif, il faut des moyens très spéciaux : les sacrements et la prière. 

Il entretient aussi des amitiés profondes avec des personnes d’autres religions, comme Rajesh, un hindouiste employé par ses parents, qui, à son contact, en le voyant s’occuper des nécessiteux demande le baptême et se convertit au christianisme.  

Bien qu’il ait été jusqu’à là un adolescent en bonne santé, Carlo tombe malade début octobre 2006 de ce qui semblait n’être qu’une simple grippe. Puis il a ressenti une forte fatigue et du sang est apparu dans ses urines. Mais après les analyses, le diagnostic tombe, Carlo est condamné. Ce qu’on croyait être une grosse grippe est en réalité une leucémie foudroyante. Face à ce verdict terrible verdict : « leucémie myéloïde aiguë M3 ». Carlo réagit en disant : « Dieu m’a donné un beau réveil. » Transféré dans un autre hôpital, la clinique San Gerardo de Monza, il dit : « Je ne sortirai pas d’ici vivant. » Carlo ne se plaint pas et répète souvent : « J’offre toutes les souffrances que je dois subir au Seigneur, pour le pape et pour l’Église, et aller directement au paradis. » Ses parents ne quittent pas la chambre, mais Carlo insiste pour qu’ils se reposent et étonne le personnel médical par son souci des autres et sa bonne humeur, alors qu’il est en phase terminale.

Il meurt au petit matin du 12octobre2006, et est inhumé à Assise, comme il l’avait souhaité. Carlo Acutis meurt très jeune, il n’a que 15 ans. Il laisse chez tous ceux qui l’ont connu un sentiment de grand vide et une profonde admiration pour ce que fut son témoignage d’une vie authentiquement chrétienne, brève mais intense.

Corps préservé de Carlo Acutis

 

 « Être toujours uni à Jésus, voilà mon programme de vie »

Par ces quelques mots, Carlo Acutis, ce garçon mort de leucémie, définit le trait distinctif de sa brève existence : vivre avec Jésus, pour Jésus, en Jésus. (…)

Je suis content de mourir car j’ai vécu ma vie sans négliger une seule minute en choses qui ne plaisent pas à Dieu.

À nous aussi, Carlo demande la même chose : il nous demande de raconter l’Évangile par notre vie, afin que chacun de nous puisse être un phare qui éclaire le chemin des autres. Pour lui, la sainteté signifie être avec Jésus, comme le bon larron : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (Luc 23, 43). S’unir à Jésus dans la foi et l’amour, voilà le programme de vie de Carlo. 

Si Carlo a porté beaucoup de fruit, c’est parce qu’il est demeuré dans l’amour et l’amitié de Jésus. Il est arrivé très jeune à une maturité spirituelle qui a bouleversé sa famille et ses amis. Il a montré par sa vie ordinaire que la sainteté est possible et qu’elle est à la portée de tous. C’est une question d’accueil et d’amour, non de perfection et de performance. L’Église a besoin de saints au cœur pur, comme Carlo, qui se savent pécheurs, mais ravis d’être pardonnés. « Le saint est capable de vivre joyeux et avec le sens de l’humour. Sans perdre le réalisme, il éclaire les autres avec un esprit positif et rempli d’espérance », écrivait le Saint-Père dans son exhortation sur l’appel à la sainteté dans le monde d’aujourd’hui. 

 

Béatifié !

En juillet 2018, une enquête canonique débute sur le cas d’une guérison inexplicable attribuée à l’intercession de Carlo Acutis. Il s’agit du cas d’un enfant brésilien, atteint d’une déformation grave du pancréas. En 2010, après que ses proches ont prié Carlo, le pancréas revint de lui-même à la normale, sans intervention chirurgicale, qui aurait pu coûter la vie du jeune garçon. Les expertises médicales ne concluant à aucune explication scientifique, le dossier est présenté au Saint-Siège. Le 21février2020, le pape François reconnaît authentique le miracle attribué à Carlo, et signe le décret de sa béatification. 

Oui, la sainteté n’attend pas le nombre des années pour s’épanouir dans une âme. Carlo Acutis, décédé le 12 octobre 2006 à l’âge de quinze ans, en est la preuve. Il a été béatifié le 10 octobre 2020, en présence de ses parents, à la basilique San Francesco à Assise, sa ville de cœur. Reconnu comme un petit génie de l’informatique par ses proches, il est le premier « millenial » à être inscrit à la liste des bienheureux. Sa fête liturgique est fixée le 12 octobre, jour de sa naissance au ciel. 

Aujourd’hui, il est très agissant dans la communion de saints. Il aide beaucoup de personnes à se rapprocher de Dieu et à se convertir au Christ. Il n’a pas fini de nous étonner. Sa prière et sa vie sont des phares dans la nuit que traverse notre monde. 

 

Revivez les moments forts de la cérémonie de béatification de Carlo Acutis :  

 

Film sur Carlo Acutis (par la Communauté du Chemin Neuf) :  


 

Lire notre article du 14 janvier 2021 :

Carlo Acutis, en mission sur Internet

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