Marie Madeleine, celle qui avait oint les pieds de Jésus et les avait baisés avec tendresse est la première à venir au sépulcre le matin du troisième jour. En ce matin de Pâques, “c’était encore les ténèbres”, nous dit l’évangéliste Jean. Quand Jean parle de ténèbres, c’est pour les opposer à l’incomparable Lumière qu’est Jésus, vainqueur de toutes nos ténèbres. Les ténèbres, c’est l’impossibilité de comprendre l’inattendu de Dieu. Ce sont les mêmes ténèbres qui enveloppent les disciples sur le chemin d’Emmaüs, incapables de reconnaître le Seigneur dans l’homme qui les rejoint sur la route jusqu’à ce qu’il leur donne le signe de la fraction du pain.
Et que trouve Marie Madeleine ? Un tombeau vide. Elle court alors en informer Simon-Pierre et Jean. Ceux-ci viennent en courant. Eux aussi cherchent le Seigneur et ils trouvent un tombeau vide !
Ce tombeau vide a une importance très grande dans le Nouveau Testament. Non pas qu’il serait une preuve de la Résurrection. En réalité, le tombeau vide ne prouve rien. Et c’est parce qu’il ne prouve rien qu’il constitue l’espace de la foi. Jean, parlant de lui-même et racontant son arrivée au tombeau écrit:
“Il vit et il crut”.
Ce qu’il crut était tout autre que ce qu’il voyait puisqu‘il ne voyait rien !
Les disciples virent la passion, la mort et la sépulture du Vendredi Saint. Plus tard ils virent Jésus au cours des diverses apparitions après la Résurrection. Mais personne n’était présent au moment de la Résurrection. Personne n’a “vu” ce moment si capital. La Résurrection n’est pas et ne peut être l’objet d’une connaissance scientifique. La vie de Jésus, elle, est objet de connaissance historique, scientifique.
Sur la croix Jésus agonisant avait dit: “Père, Père, pourquoi m’as-tu abandonné?”. Puis, quelques minutes plus tard: “Père, en tes mains je remets mon esprit”. Il n’y a pas de lien logique entre ces deux paroles.il y a un vide qui est l’espace de la foi, ce tombeau vide, nous le retrouvons au matin de chacun de nos jours. Il y a des moments dans la vie où nous sentons fortement la présence de Dieu, des situations où son intervention dans notre vie personnelle, communautaire ou familiale – ou même ecclésiale – se fait visible. Et puis nous arrivons tous, certains jours, à des situations qui n’ont pas de sens – en d’autres mots, à des sépulcres vides. Ces situations sont pour nous l’espace de la foi.
Ce sont encore les mêmes ténèbres dont parle Jean qui envahissent le cœur de nos contemporains, notre propre cœur parfois, quand nous nous laissons gagner par le doute, l’indifférence, le cynisme. Après 2000 ans, que reste-t-il du message du matin de Pâques ? Il reste des témoins courageux, des communautés persécutées, une espérance partagée et une foi portée en Eglise aux quatre coins du monde !
A qui vais-je annoncer, en ce matin de Pâques ma certitude que le Christ, invisible pour mes yeux, continue son action en ce monde pour lequel il a donné sa vie ? A qui vais-je dire que je crois que le Christ est vivant, qu’il est présent dans les sacrements, qu’il est présent lorsque nous sommes rassemblés en son nom, qu’il est présent dans les frères et sœurs que nous rencontrons, qu’il est vivant dans la foi incompréhensible des minorités chrétiennes du Pakistan, de Corée du Nord ou en Iran, dans les sépulcres vides du XXIe siècle.
Au matin de Pâques, nos frères orthodoxes ne se disent pas “bonjour”. Ils se disent “Christ est ressuscité !” et ils se répondent les uns aux autres “Oui, il est vraiment ressuscité !” Que cette certitude soit pour nous tous fin des ténèbres et entrée dans la Lumière, qu’elle fasse de nous tous des disciples missionnaires au cœur de communautés paroissiales, monastiques vivantes et rayonnantes !
La Direction Nationale des OPM France