Chaque dimanche ou solennité, le Père Anh Nhue Nguyen, secrétaire général de l’Union Pontificale Missionnaire à Rome, nous livre un commentaire biblique et missiologique des textes de la messe.
Textes du 21 juin 2026 :Jr 20,10-13; Ps 68; Rm 5,12-15; Mt 10,26-33
L’Evangile de ce jour nous donne la suite des enseignements importants que Jésus a livrés à ses disciples-apôtres, lorsqu’il les a envoyés en mission (nous avons entendu le début de son enseignement la semaine dernière). Il s’agit de l’exhortation concrète à ne pas avoir peur de témoigner du Christ. L’impératif “Ne craignez pas” se répète trois fois en peu de phrases, au début, au milieu et à la fin ; cela rythme tout le discours bref du Christ. L’insistance du maître émerge clairement sur cette action que les disciples devront assumer, et mieux encore, qu’ils devront placer au cœur de leur mission. Dans ces paroles de Jésus, on peut retenir trois points fondamentaux sur « ne pas avoir peur », des points qui sont toujours d’actualité.
1. “Ne craignez pas » Le courage de l’annonce dans l’adversité
Tout d’abord, on parle, pour les disciples, de ne pas avoir peur des hommes en annonçant tout ce qu’ils ont reçu de leur Maître ; « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits »
On se réfère là aux révélations divines de Jésus qui a confié son secret dans leurs cœurs. Les disciples de Jésus sont appelés à être les « haut-parleurs » du Christ pour transmettre au monde entier son annonce et ses enseignements en totalité. Ce sera ainsi que le Ressuscité exhortera ses plus fidèles disciples avant de monter au Ciel.
Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les (…) apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé (Mt 28,19).
2. La sagesse dans la crainte de Dieu et pas de celle des hommes
En second, l’appel à ne pas avoir peur, pour les disciples, vient d’un regard sage de la vie avec Dieu et en Dieu. Ainsi, d’un côté Jésus exhorte ; « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ». Cela signifie, les hommes sont simplement des hommes, ils n’ont pas de pouvoir sur les âmes. Ce qui contraste avec ; « craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne
l’âme aussi bien que le corps ». Cela signifie, craignez seulement Dieu, le seul et véritable Tout-Puissant.
Un tel enseignement de Jésus sur la crainte de Dieu fait écho aux enseignements des maîtres de la tradition biblique juive. Il est ainsi souligné dans Sir 1,6 [LXX 1,8]: « Il n’y a qu’un seul être sage et très redoutable, celui qui siège sur son trône ». En plus, Dieu est l’ultime recours et « fait mourir et vivre ; il fait descendre à l’abîme et en ramène » (1Sam 2,6). Ainsi l’exhortation de Jésus appelle à une forte réflexion ; celui qui est sage pense à tout cela pour adopter une attitude juste face à Lui et à Lui seul, sans penser à rien d’autre ni à personne d’autre. On entrevoit ici ce sur quoi la sagesse biblique juive insiste plusieurs fois ; partir de la contemplation de la grandeur et de l’omnipotence de Dieu pour établir la sagesse de la vie (cf Sal 107, 43a); c’est ainsi qu’à partir de la crainte de Dieu Tout-Puissant on arrive à l’attitude juste et sage, selon la devise fondamentale mentionnée ci-après de la tradition sapientielle biblique juive : « Le savoir commence avec la crainte du Seigneur ! » (cf. Pr 1.7 : Sal 111,10)
3. La crainte véritable va de pair avec la confiance en Dieu
Enfin, immédiatement après l’exhortation à craindre Celui qui est le Tout-Puissant, Jésus nous offre un explication qui semble être une digression, mais qui en réalité en l’est pas. : « Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. (…)
Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux ». Ici est mentionnée explicitement Dieu comme Père et notre attention est appelée sur toute la création, même dans ses parties les plus insignifiantes, comme les moineaux ou les cheveux sur une tête, qui symbolisent des parties marginales du corps humain. Si la pensée de la puissance absolue de la crainte aide à relativiser les autres peurs, le regard sur le dessin de Dieu pour les plus petits augmente notre confiance en Lui et éloigne la peur de ce qui n’est pas de Lui. Nous avons donc deux aspects de la crainte de Dieu qui se révèlent complémentaires : d’un côté nous craignons Dieu dans sa Toute-Puissance, et d’un autre côté Il est celui en qui nous devons faire confiance. La crainte de Dieu est donc liée à la confiance en Dieu.
Ici aussi la pensée de Jésus n’est pas très éloignée de l’enseignement judéo-biblique, comme des Sages d’Israël, qui recommandent souvent de trouver refuge dans le Seigneur et ainsi dans sa crainte !
La crainte du Seigneur assure puissamment : il est un refuge pour ses enfants.
La crainte du Seigneur est source de vie : elle détourne des pièges mortels.Proverbes 14,26-27
La crainte du Seigneur mène à la vie : vie comblée, lieu de repos inaccessible au malheur !
Proverbes 19,23
On parle donc de la pensée qui concerne la crainte de Dieu qui, se révélant dans une relation de révérence et de confiance en Lui, garantit la vie et chasse toute autre peur. On lit cela encore dans les psaumes pour ainsi dire « anti-peur » (cf. Sal 23,4; 27,1.3; 46,2-3; 49,6.16-17; 56,4-5.12; 91,5-13) et en particulier dans le Ps 55,4-5 renforcé par sa proximité avec le contenu du texte d’évangile ; Le jour où j’ai peur, je prends appui sur toi. R/ Sur Dieu dont j’exalte la parole, sur Dieu, je prends appui : plus rien ne me fait peur ! Que peuvent sur moi des êtres de chair ? Cette crainte de Dieu qui va de pair avec la confiance en Dieu qui libère de toute peur, se trouve contenue dans les instructions de Jésus comme dans la pensée judéo-biblique sapientielle. La boucle est bouclée ; de la crainte à la crainte, c’est-à-dire à partir de la peur instinctive devant la menace des hommes on arrive à la crainte véritable de Dieu, la crainte religieuse, qui comprend la dimension de la foi et de la confiance dans le Dieu Tout-Puissant qui est aussi attentionné envers ses créatures.
C’est cette perspective de la crainte et de la confiance en Dieu qui nous aide à comprendre de manière juste la sentence finale de Jésus qui semble au premier abord être une menace ; « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux ».
On croit percevoir un principe de réciprocité inquiétant qui suit une logique humaine froide et cruelle sans aucune miséricorde de la part du Seigneur. Toutefois, ces paroles doivent être reçues avec un autre passage du Nouveau Testament qui, en reprenant curieusement la même pensée, donne immédiatement après une affirmation sur la fidélité inconditionnelle du Seigneur pour le salut de tous, y compris ceux qui sont « infidèles » ; “: « Voici une parole digne de foi : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même » (2Tm 2,11-13). A la fin c’est toujours la fidélité à Dieu qui vaincra, Dieu qui domine toute infidélité de l’homme comme le ciel recouvre la terre.
Prions maintenant (avec les mots de la prière de la Collecte alternative du Missel italien pour le 12ème dimanche, année A)
Dieu, qui confies à notre faiblesse l’annonce prophétique de ta parole, soutiens-nous avec la force de ton Esprit, pour que nous n’ayons plus jamais honte de notre foi mais que nous annoncions en toute franchise ton nom à tous les hommes, pour être reconnus par Toi le jour de ton retour.
Par le Christ, Notre Seigneur, Amen.