18/07/2026

Dimanche 19 juillet 2026, 16e dimanche du TO - Les mystères du Royaume de Dieu en paraboles

Méditation biblique du P. Dinh Anh Nhue Nguyen, OFMConv, Secrétaire général de l'Union Pontificale Missionnaire.

Chaque dimanche ou solennité, le Père Anh Nhue Nguyen, secrétaire général de l’Union Pontificale Missionnaire à Rome, nous livre un commentaire biblique et missiologique des textes de la messe.

Textes du 19 juillet 2026

Poursuivant l’écoute de l’enseignement de Jésus en paraboles, commencée la semaine dernière, nous méditons aujourd’hui la parabole de la semence et de l’ivraie. Il s’agit d’un récit parabolique très particulier qui a dans l’Évangile même une explication du sens allégorique de chaque détail. Il a pour but d’introduire chaque disciple aux trois mystères fondamentaux du Royaume de Dieu qui se réalise dans le Christ Jésus : le mystère de l’iniquité, de la patience divine et de la croissance du Royaume jusqu’à la fin. Pour bien comprendre tout cela, il nous faut encore des oreilles pour écouter non seulement avec attention, mais aussi avec sagesse, avec la disposition des “petits “ devant Dieu, pour nous laisser surprendre encore par son message pour notre vie concrète actuelle de disciples-missionnaires du Christ.

1. « C’est un ennemi qui a fait cela ». Le mystère de l’iniquité dans le champ de Dieu

L’image de l’ennemi semeur d’ivraie dans la parabole de Jésus est admirable. Elle est belle dans sa simplicité (une seule phrase de description) et profonde dans ses significations théologiques et spirituelles : « Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla ». Contrairement au semeur de bonne semence, son ennemi agit, « pendant que les gens dormaient », c’est-à-dire la nuit, dans l’obscurité. De plus, cet antagoniste est celui qui, pour reprendre une expression proverbiale vietnamienne, ném đá giấu tay “jette la pierre et cache ses mains”. En effet, « il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla ». Les travailleurs du camp sont donc dans l’ignorance, mais le propriétaire le sait et le démasque avec l’autorité de celui qui sait juger en connaissance de cause : « C’est un ennemi qui a fait cela ».

Tout cela laisse entrevoir la réalité du mal qui s’oppose à l’action du “Fils de l’homme”, Jésus-Christ, qui sème la bonne semence de l’Évangile dans le champ du monde. Cette réalité du mal est le plus souvent mystérieuse, incompréhensible du point de vue humain : comment ceci et cela sont-ils arrivés ? Pourquoi tant de mal gratuit que nous entendons de plus en plus dans les nouvelles chaque jour ? Il y a des tragédies qui ne peuvent pas être expliquées par les seules faiblesses humaines ou les tendances au péché. Il s’agit précisément du “mystère de l’iniquité”, de la réalité du Malin qui s’oppose systématiquement à l’œuvre de Dieu dans le Christ pour l’humanité, et qui lui fait même la guerre. C’est pourquoi saint Paul a exhorté les fidèles avec les paroles inspirées par l’Esprit Saint : « Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes » (Eph 6,11-12).

2. « Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ». Le mystère de la patience divine.

Face à une telle situation “dans son champ”, nous sommes surpris par la recommandation du “maître de maison” : « Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ». C’est le mystère de la patience de Dieu qui apparaît parfois incompréhensible et suscite tant de perplexité pour les “bonnes graines” elles-mêmes, les “enfants du Royaume”, qui souffrent, bon gré mal gré, de l’ivraie qui les entoure. Même si les bonnes graines restent silencieuses dans l’histoire, nous pouvons entendre leur cri dans le cri émouvant des premiers martyrs chrétiens dans la vision inspirée de l’auteur sacré du livre de l’Apocalypse : « Jusques à quand, Maître saint et vrai, resteras-tu sans juger […] ?» (Ap 6,10).

En fait, cela fait écho au cri des justes de tous les temps et de tous les lieux face au mystère du “silence” de Dieu : « Comment peux-tu voir cela, Seigneur ? Tire ma vie de ce désastre, délivre-moi de ces fauves » (Ps 34,17). Et la réponse explicite de Dieu dans le livre de l’Apocalypse, qui fait écho à la pensée de la parabole analysée, devrait nous faire réfléchir : « Et il fut donné à chacun une robe blanche, et il leur fut dit de patienter encore quelque temps, jusqu’à ce que soient au complet leurs compagnons de service, leurs frères, qui allaient être tués comme eux » (Ap 6,11), c’est-à-dire jusqu’à l’accomplissement de l’histoire, qui se produira de toute façon bientôt. « Fut dit de patienter », tout comme et ensemble avec Dieu et le Christ Seigneur.

Il ne s’agit cependant pas d’une patience passive, mais de la patience active d’un agriculteur agile et avisé. Littéralement et métaphoriquement, Dieu continue à travailler avec la terre, comme l’exprime le Psalmiste : « tu arroses les sillons ; tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies…» (Ps 64, 11). Tout cela sert avant tout à soigner les bonnes semences, mais aussi à une transformation miraculeuse, due à Dieu seul, de l’ivraie en bonne plante ! Voilà le mystère de la patience de Dieu qui « a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle »(Jn 3,16). Il se révèle à cause de sa nature patiente et parce qu’il est miséricordieux envers toute l’humanité. Il n’est jamais pressé de détruire, mais cherche toujours à avoir «soin de toutes choses», à les faire vivre et revivre : « Mais toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement » (Sg 12,18 ; première lecture).

Et les serviteurs de Dieu, les travailleurs de terrain, sont tous invités à apprendre et à suivre cette patience divine dans la vie de foi et dans la mission d’évangélisation divine dans le monde à laquelle nous sommes tous appelés. C’est pourquoi saint Jacques exhorte : « Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche » (Jc 5,7-8).

3. Le mystère de la croissance du Royaume jusqu’à la fin

La raison de la patience est que Dieu voit davantage la croissance silencieuse des bonnes graines que la multiplication arrogante des mauvaises herbes : c’est le regard du Maître, de Celui qui tient toute l’histoire entre ses mains. Et la croissance même du Royaume, malgré toutes les oppositions qui veulent l’étouffer, représente le plus grand mystère de l’histoire humaine. Ce n’est pas par hasard que le Christ a affirmé avec autorité : « la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle » (Mt 16,18) à propos de son Église, qui est le commencement et le germe du Royaume de Dieu. Il sera donc certain, à la fin des temps, que triomphera l’amour fidèle de Dieu qui réalise avec le Christ et ses disciples-collaborateurs son Royaume sur le terrain du monde.

Reprenons, pour conclure, la prière inspirée du Card. Ratzinger lors de sa méditation sur la neuvième station (“Jésus tombe pour la troisième fois”) du Chemin de Croix au Colisée en 2005, dans laquelle il évoque précisément l’image forte de l’ivraie dans le champ, pour un examen de conscience sincère de toute l’Église, mais avec un regard plein de foi et de confiance dans le Christ, le divin Semeur, qui prend toujours soin de ses “bonnes semences” dans ce monde :

Souvent, Seigneur, ton Église nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toute part. Et dans ton champ, nous voyons plus d’ivraie que de bon grain. Les vêtements et le visage si sales de ton Église nous effraient. Mais c’est nous-mêmes qui les salissons ! C’est nous-mêmes qui te trahissons chaque fois, après toutes nos belles paroles et nos beaux gestes. Prends pitié de ton Église : en elle aussi, Adam chute toujours de nouveau. Par notre chute, nous te traînons à terre, et Satan s’en réjouit, parce qu’il espère que tu ne pourras plus te relever de cette chute ; il espère que toi, ayant été entraîné dans la chute de ton Église, tu resteras à terre, vaincu. Mais toi, tu te relèveras. Tu t’es relevé, tu es ressuscité et tu peux aussi nous relever. Sauve ton Église et sanctifie-la. Sauve-nous tous et sanctifie-nous. Amen.

Télécharger l’homélie et les notes

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