Chaque dimanche ou solennité, le Père Anh Nhue Nguyen, secrétaire général de l’Union Pontificale Missionnaire à Rome, nous livre un commentaire biblique et missiologique des textes de la messe.
Nous arrivons aujourd’hui à la dernière partie de ce que l’on appelle la section des paraboles dans l’Évangile selon Matthieu. Jésus termine son enseignement en (sept) paraboles par trois récits, ceux du trésor caché, de la perle précieuse et du filet, qui introduisent ultérieurement les auditeurs aux mystères du Royaume des cieux. De ce dialogue final entre Jésus et ses disciples émergent au moins trois messages importants pour notre vie d’aujourd’hui en relation avec le Royaume de Dieu que Jésus lui-même a inlassablement proclamé en paroles et en actes au cours de son ministère public.
1. Le don inattendu du Royaume des Cieux
Les deux premières paraboles, celle du trésor caché et celle de la perle de grande valeur, sont appelées par les spécialistes paraboles-jumelles, en raison de leur similitude de structure et de message. Elles mettent en évidence la valeur inestimable du Royaume qui dépasse de loin tous les biens que l’homme peut posséder. De plus, en suivant la dynamique des récits, on peut entrevoir un élément inattendu par lequel l’homme a trouvé le trésor ou la perle, alors qu’il aurait pu partir à sa recherche. Ainsi, le Royaume de Dieu, appelé par l’évangéliste Matthieu Royaume des Cieux pour éviter de mentionner Dieu selon la coutume juive, est toujours un don inattendu, à la fois pour sa valeur qui dépasse toute prévision ou vision humaine et pour l’imprévisibilité de sa venue, selon un plan exclusivement divin, avec et dans la personne de Jésus, avec et dans sa vie et sa mission. En effet, en Jésus sont renfermés tous les trésors de la sagesse et de l’intelligence, de la grâce et de la gloire divine. Il est le trésor “caché” en Dieu et maintenant révélé à toute l’humanité.
2. Un cœur sage et courageux pour accueillir le Royaume
Face à la valeur du Royaume, l’homme est invité à faire un sacrum commercium, un “commerce sacré” pour l’acquérir. Il faut de la sagesse et du courage de prendre des risques pour faire un investissement fondamental dans la vie ! L’homme devra avoir un cœur sage et courageux pour accueillir le Royaume. Une telle disposition, une fois de plus, sera reçue comme un don du Seigneur, comme cela est arrivé à Salomon dans le Temple de Dieu à Gabaon (cf. 1 Rois 3,5.7-12) (comme nous l’avons entendu dans la première lecture).
En effet, conformément à la tradition biblique et juive de la sagesse, cette sagesse requise implique aussi une certaine perspicacité, de la détermination, voire de la ruse ! C’est le cas du trésor caché dans le champ qu’un homme trouve, cache à nouveau, s’en va puis achète le champ pour devenir le propriétaire du trésor. Ce sera le cas de la perle précieuse que le marchand ne trouve sûrement qu’après une longue et patiente recherche. Mais dans les deux paraboles, l’accent est mis sur la détermination : « va vendre tout ce qu’il possède, et il achète » l’objet trouvé. C’est l’engagement de l’homme qui est fondamental et nécessaire pour recevoir le Royaume donné ! De plus, comme nous pouvons l’entrevoir dans la parabole du “filet”, l’engagement sera également nécessaire pour rester dans le “filet” du Royaume en tant que “bons poissons”, et ne pas être jetés « dans la fournaise » à la fin du monde.
3. Annoncer le Royaume comme Jésus
Le dialogue final entre Jésus et ses disciples nous offre une occasion intéressante de réfléchir sur la figure du disciple du Royaume. À cet égard, le commentaire de saint Hilaire (de Poitiers), cité par saint Thomas d’Aquin dans sa célèbre Catena Aurea, est significatif : «S’adressant à ses disciples, il les appelle scribes à cause de la connaissance qu’ils avaient de lui, parce qu’ils comprenaient les choses qu’il apportait, aussi bien les nouvelles que les anciennes, c’est-à-dire la Loi et les Évangiles; tous les deux appartenant au même chef de famille et tous les deux étant les trésors d’un même propriétaire. Il les a comparés à lui sous la figure d’un chef de famille, parce qu’ils avaient reçu la doctrine des choses nouvelles et anciennes de son trésor de l’Esprit Saint».
Dans cette perspective, les disciples qui ont compris “toutes ces choses” en paraboles, exposées par Jésus comme l’ensemble de la nouveauté de la Bonne Nouvelle, mais profondément enracinées dans les anciennes Écritures de Dieu, sont appelés à faire de même à l’exemple de leur Maître en accomplissant la même mission de proclamation de l’Évangile du Royaume. C’est pourquoi la dernière recommandation de Jésus à ses fidèles avant son ascension au ciel sera précisément d’aller et « de toutes les nations faire des disciples », en les baptisant et en leur enseignant « à observer tout ce que » Jésus a enseigné (cf. Mt 28, 20). En cela, le Christ ressuscité affirme être avec eux « tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Ainsi, les disciples du Christ seront appelés à proclamer et à enseigner le royaume de Dieu avec le Christ, comme le Christ, voire in persona Christi “en la personne du Christ” qui est effectivement toujours avec eux. Ils seront particulièrement invités à parler et à agir avec la sagesse du Christ, en combinant les choses nouvelles et les choses anciennes de Dieu sous l’inspiration de l’Esprit, pour attirer tout le monde vers la beauté du Royaume.