Share
29 juillet 2020

Pauline Jaricot, une sainte moderne...

Les réseaux sociaux, à son époque, étaient loin d'avoir été inventés. Pourtant,  Pauline Jaricot (1799-1862), jeune lyonnaise de 17 ans, avait déjà clairement en tête la dimension capillaire et ontologiquement universelle d'une communauté comme celle des disciples du Christ. Dans son cœur, elle avait pris conscience du fait que la prière était une force transcendante capable de faire bouger les montagnes et que la charité était langage universel.

Cette jeune femme est aujourd’hui un modèle pour l’Église du XXIe siècle. Le 26 mai dernier, le Pape François a d’ailleurs autorisé la publication du décret qui reconnaissant le miracle attribué à l’intercession de cette vénérable servante de Dieu, ouvrant ainsi la voie à sa béatification.

Soulager ici les souffrances là-bas

Pauline a consacré sa vie à Dieu, tout en restant laïque, par un vœu solennel dans la chapelle de la basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon. Dans son cheminement d’approfondissement de la Parole de Dieu, elle comprend – comme Thérèse de Lisieux plus tard – que « l’amour est tout, qui embrasse tous les temps et tous les lieux ». Elle trouve alors sa vocation chrétienne dans le « networking » en promouvant des initiatives qui unissent les croyants dans la prière et ouvrent les cœurs pour soulager les souffrances des personnes proches ou aux « extrémités de la terre ». De cette intuition naîtront les Œuvres pontificales missionnaires qui combinent encore aujourd’hui la dimension universelle de la prière et de la charité missionnaire, travaillant, au service du Pape, pour la croissance des jeunes Églises. Elle puise sa force vitale dans la prière et l’Eucharistie, pour entreprendre de multiples actions caritatives et universelles.

 

Peu pour beaucoup

Pauline Jaricot est animée d’une ardeur missionnaire et d’un charisme d’exception qui la conduiront à donner vie au mouvement du Rosaire vivant puis l’Œuvre de Propagation de la Foi. Femme d’action, elle se consacre sans relâche à l’apostolat, prenant des initiatives audacieuses au service de l’évangélisation et d’une plus grande justice sociale. Entre 1819 et 1820, elle imagine ce qu’on appelle aujourd’hui « le sou de Pauline » pour servir les missionnaires qui vivent comme pionniers de l’annonce de l’Évangile dans des pays lointains. L’intuition est simple et en même temps extraordinaire et se résume à l’expression « peu pour beaucoup », inspirée de l’offrande de la veuve de l’Évangile, mais aujourd’hui utilisée par de nombreuses multinationales dans leurs stratégies de vente. Le mécanisme de la pyramide est simple et efficace : chaque personne crée un groupe de dix et chacune d’elle, à son tour, formera un autre groupe de dix, et ainsi de suite.

 

Ce travail de collecte de fonds est tout de suite mis au service de la mission ad gentes, dans la pleine conscience que chaque baptisé est un disciple et missionnaire et est appelé  à participer, autant qu’il le peut, à la la subsistance de petites communautés chrétiennes à l’autre bout du monde.

 

Pauline Jaricot offre ainsi sa contribution particulière et cruciale à la sensibilité et à l’activité missionnaire de l’Église, reprise au début du XIXe siècle grâce à l’œuvre de papes tels que Pie VII, Grégoire XVI et Pie IX.  Grâce à elle, cette sensibilité missionnaire est étendue et partagée à tout le peuple de Dieu, avec l’idée que n’importe quel baptisé – et pas seulement les religieux partis pour des terres lointaines – est acteur de la mission.  Compte tenu de sa simplicité et de son efficacité, le système inventé par Pauline se répandra rapidement en Europe et dans d’autres nations. Il deviendra l’Association pour la Propagation de la Foi, officiellement créée le 3 mai 1822.

 

Des besoins spirituels essentiels

Pauline est cependant claire sur le risque que ce mécanisme puisse s’enrayer et ne devenir que financier. C’est pourquoi, en 1826, en réponse aux besoins spirituels qu’elle considère comme essentiels, elle crée la chaîne du Rosaire Vivant, remettant ses intuitions spirituelles tournées au service apostolique entre les mains de la Vierge Marie, reine des missions. En adoptant un processus similaire à celui utilisé pour la propagation de la foi, elle crée et implique de nombreux groupes de quinze personnes qui s’engagent dans la récitation quotidienne du chapelet. Le Rosaire est défini comme «vivant» parce que chaque personne représente un mystère, mais surtout parce que celui qui récite et médite le mystère essaie de vivre et de pratiquer ce qu’il prie.  L’initiative se propage rapidement : à sa mort, il ne seront pas moins de 2 250 000 fidèles impliqués dans cette chaîne de prière mariale. Cette intuition  est toujours en vogue dans des milliers de communautés aujourd’hui.

 

Catholicisme social

Animée par la même passion du Christ pour le salut de l’humanité, Pauline Jaricot donne vie à de nouveaux projets et entend, en 1845, mettre en œuvre un plan d’évangélisation pour la classe ouvrière de son pays. Elle fait déjà clairement la différence entre « masse » et « peuple de Dieu », entre « individu » et « personne ». Elle parle d’un « fléau social qui afflige la France », celui des ouvriers devenus anonymes, non reconnus comme filles et fils de Dieu. Anticipant les expériences d’entrepreneurs chrétiens comme celle de Léon Harmel et, au siècle suivant, dans d’autres pays européens, elle achète une usine pour en faire « un modèle de l’esprit chrétien » et consacre un bâtiment au logement des familles pour favoriser la coopération et la communion spirituelle.  A proximité, elle crée une école pour l’éducation des enfants et une chapelle pour cultiver la foi et la spiritualité.

 

Une pauvre femme qui n’a que Dieu pour ami

La vision est clairvoyante mais l’expérience échoue.  Les personnes à qui Pauline confie la gestion de toute l’initiative trahissent sa confiance et le dieu de l’argent finit par corrompre et avaler le rêve auquel elle avait consacré la dernière partie de sa vie.

Ayant gaspillé les richesses investies dans cette initiative, Pauline passera le reste de ses jours dans une extrême pauvreté, accablée de dettes.  En 1861, la maladie cardiaque dont elle souffre s’aggrave et elle meurt en janvier 1962 dans sa maison de Lorette. Juste avant, Pauline « une pauvre femme qui n’a Dieu que pour ami » ainsi qu’elle se définit, trouve la force de pardonner à ceux qui l’ont ruinée.  Léon XIII dira d’elle : « Avec sa foi, sa force d’esprit, sa douceur et l’acceptation sereine de toutes les croix, Pauline s’est montrée une vraie disciple du Christ ». Grâce à une relation intime avec Dieu, Pauline Jaricot a nourri son énergie au service de l’évangélisation. Aujourd’hui, elle nous enseigne que l’action missionnaire trouve sa source dans la contemplation et dans l’Eucharistie, en profonde union avec le Christ.

Son héritage est désormais bien enraciné dans l’Église universelle : l’Association de Propagation de la Foi qu’elle a fondée sera élevée au rang d ‘« Œuvre pontificale » en 1922. Aujourd’hui, c’est la première œuvre missionnaire pontificale, présente dans plus de cent quarante pays à travers le monde. Elle contribue à la vie des diocèses les plus démunis, finançant chaque année plus de cinq mille projets de coopération missionnaire.

 

La voie de la béatification

En 1963, Jean XXIII confirme l’héroïcité des vertus de Pauline. À l’âge de 3 ans et demi, la petite Mayline Tran, de Lyon, s’étouffe. Son cœur s’arrête. A l’arrivée des secours, le massage cardiaque ne donne pas de résultat positif et les médecins parlent d’état neurologique irréversible et de mort imminente. Alors que la situation est désespérée, la responsable du Rosaire Vivant à Lyon organise une neuvaine de prière, demandant l’intercession de la vénérable Pauline Jaricot. Compte tenu de l’état désespéré de la jeune fille, les médecins ont voulu arrêter le traitement et l’alimentation. De manière inattendue cependant, l’état de Mayline commence à s’améliorer. A l’hôpital de Nice où elle est transférée, les médecins disent que ses troubles cérébraux ne lui auraient permis qu’une vie végétative. Cependant, après quelques semaines, la petite fille reprend enfin conscience et est maintenant en vie et en bonne santé.

La guérison est soumise au tribunal ecclésiastique de l’archidiocèse de Lyon qui transmet ses conclusions au Saint-Siège. La commission médicale valide le caractère inexplicable de la guérison et en mai dernier la publication du décret reconnaissant le miracle ouvre la voie à la béatification.

Déjà nommée patronne des missions par le Pape François en octobre 2019 à l’occasion du Mois Missionnaire Extraordinaire, Pauline Jaricot dispose désormais d’un site internet qui lui est dédié (http://paulinejaricot.opm-france.org) promu par les Œuvres Pontificales Missionnaires de France, pour offrir à chacun la possibilité de rencontrer l’ardente spiritualité de cette femme et le caractère moderne et stimulant de cette femme laïque exceptionnelle qui s’est dépensée avec créativité et imagination pour l’évangélisation.

Traduction d’un  article de Paolo Affatato / L’Osservatore Romano du 22 juillet 2020).

Print