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6 novembre 2019

Le Pape et la mission: «Sans Jésus, nous ne pouvons rien faire»

En avant-première, Vatican News publie quelques extraits du livre-entretien entre le Pape François et Gianni Valente, de l’agence Fides, réalisé au terme du Mois missionnaire extraordinaire. Le Pape y réaffirme que «l'Église est annonce, ou elle n’est pas l’Église». L’ouvrage en français est disponible en librairie chez Bayard.

La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus.

C’est ainsi que débute l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium, publiée par le Pape François en novembre 2013, huit mois après le conclave qui l’a élu évêque de Rome et Successeur de Pierre. Ce texte programmatique du pontificat invitait tout un chacun à régler à nouveau tout acte, réflexion et initiative ecclésiale «sur l’annonce de l’Évangile dans le monde actuel». Six ans après, pour le mois d’octobre 2019 à peine conclu, le Souverain pontife a proclamé un Mois missionnaire extraordinaire, et dans le même temps, a convoqué à Rome l’Assemblée spéciale du Synode des évêques dédiée à la région amazonienne, dans le but de suggérer également de nouvelles voies pour l’annonce de l’Évangile au sein du «poumon vert», menacé par une exploitation prédatrice génératrice de dommages et de blessures dont sont victimes «nos frères et notre sœur la terre» (homélie du Saint-Père pour la messe de clôture de l’Assemblée spéciale du Synode des évêques dédiée à la région amazonienne).

Au cours de cette période, le Pape François a disséminé son magistère de références liées à la nature propre de la mission de l’Église dans le monde. Par exemple, le Souverain pontife a répété à l’infini qu’annoncer l’Evangile ne relève pas du «prosélytisme» et que l’Église grandit «par attraction» et par «témoignage»: une constellation d’expressions orientées à suggérer par touches le dynamisme propre de toute œuvre apostolique et quelle peut en être sa source.

C’est de tout cela et de bien d’autres choses encore que le Pape François parle dans le livre-entretien intitulé «Sans Lui nous ne pouvons rien faire. Être missionnaires aujourd’hui dans le monde». L’Agence Fides en propose, en avant-première, quelques extraits.

Vous avez raconté que, dans votre jeunesse, vous vouliez partir en mission au Japon. Peut-on dire que le Pape est un missionnaire manqué ?

Je ne le suis pas. Je suis entré chez les Jésuites parce que leur vocation missionnaire me frappait, le fait qu’ils aillent toujours vers les frontières. Alors, je n’ai pas pu aller au Japon mais j’ai toujours ressenti le fait qu’annoncer Jésus et Son Évangile comporte toujours l’action de sortir et de se mettre en chemin.

Vous répétez toujours «Église en sortie». L’expression est beaucoup reprise et, parfois, elle semble devenir un slogan plutôt abusé, à disposition de ceux qui, toujours plus nombreux, passent leur temps à donner des leçons à l’Église sur la manière dont elle devrait ou ne devrait pas être.

“Église en sortie” n’est pas une expression à la mode que j’ai inventée. Elle est le commandement de Jésus qui, dans l’Evangile selon Saint Marc, demande aux siens d’aller dans le monde entier et de prêcher l’Evangile «à toute créature». L’Église, ou elle est en sortie ou ce n’est pas l’Église. Ou bien elle est en annonce ou bien elle n’est pas l’Église. Si l’Église ne sort pas elle se corrompt, elle se dénature. Elle devient une autre chose.

Que devient une Église qui n’annonce pas ou ne sort pas ?

Elle devient une association spirituelle, une multinationale visant à lancer des initiatives et des messages à contenu éthique et religieux. Rien de mal à cela mais ce n’est pas l’Église. C’est un risque que court toute organisation statique à l’intérieur de l’Église. On finit par domestiquer le Christ. Tu ne rends plus témoignage des œuvres du Christ mais tu parles au nom d’une certaine idée du Christ, une idée que tu possèdes et que tu domestiques. Tu organises les choses à ton gré, tu deviens le petit imprésario de la vie ecclésiale où tout a lieu selon le programme établi et c’est-à-dire seulement selon les instructions. Mais la rencontre avec le Christ n’a plus lieu. La rencontre qui t’avait touché le cœur au début ne se produit plus.

La mission est-elle en soi un antidote à tout cela? La volonté et l’effort de « sortir » en mission suffisent-ils pour éviter ces distorsions ?

La mission, « l’Église en sortie », ce n’est pas un programme, une intention à réaliser à travers un effort de volonté. C’est le Christ qui fait sortir l’Église d’elle-même. Dans le cadre de la mission d’annonce de l’Évangile, tu te mets en marche parce que l’Esprit Saint te pousse et te porte. Lorsque tu arrives, tu t’aperçois qu’Il est arrivé avant toi et qu’Il t’attend. L’Esprit du Seigneur est arrivé avant. Il prévient, y compris pour te préparer la route, et Il est déjà à l’oeuvre.

Dans une rencontre avec les Œuvres pontificales missionnaires, vous avez suggéré de lire les Actes des Apôtres en tant que texte habituel de prière, le récit des origines, et non pas un manuel de stratégie missionnaire «moderne». Pour quelle raison ?

Le protagoniste des Actes des Apôtres, ce ne sont pas les Apôtres. Le protagoniste, c’est l’Esprit Saint. Les Apôtres sont les premiers à le reconnaitre et à l’attester. Lorsqu’ils communiquent aux frères d’Antioche les indications issues du Concile de Jérusalem, ils écrivent : «Nous avons décidé, l’Esprit Saint et nous.» Ils reconnaissaient avec réalisme, en fait, que c’était le Seigneur qui ajoutait chaque jour à la communauté «ceux qui étaient sauvés» et non pas les efforts de persuasion des hommes.

Mais maintenant, est-ce comme autrefois ? Rien n’a changé ?

L’expérience des Apôtres est comme un paradigme qui est toujours valable. Il suffit de penser à la manière dont les choses adviennent gratuitement, sans excès, dans les Actes des Apôtres. Il s’agit d’une histoire d’hommes dans laquelle les disciples arrivent toujours au deuxième rang, toujours après l’Esprit Saint qui agit. C’est Lui qui prépare et travaille les cœurs. Il chamboule leurs plans. C’est Lui qui les accompagne, les guide et les console dans toutes les circonstances qu’ils sont amenés à vivre. Lorsqu’arrivent les problèmes et les persécutions, l’Esprit Saint travaille également, de manière encore plus surprenante, à travers Son réconfort, Ses consolations, comme c’est le cas après le premier martyre, celui de saint Étienne.

Que se passe-t-il ?

Un temps de persécutions commence et de nombreux disciples fuient Jérusalem, se rendant en Judée et en Samarie. Là, alors qu’ils sont dispersés et en fuite, ils commencent à annoncer l’Évangile même s’ils sont seuls et si les Apôtres ne sont pas avec eux, puisque ces derniers sont restés à Jérusalem. Ils sont baptisés et l’Esprit Saint leur donne le courage apostolique. C’est là que l’on voit pour la première fois que le baptême est suffisant pour devenir annonciateurs de l’Évangile. La mission c’est cela. La mission, c’est l’œuvre de l’Esprit Saint. Inutile de s’agiter, rien ne sert de nous organiser ou de hurler. Les trouvailles ou les stratagèmes sont inutiles. Il suffit de demander de pouvoir refaire aujourd’hui l’expérience qui t’amène à dire «nous avons décidé, l’Esprit Saint et nous».

Et en l’absence de cette expérience, quel sens ont les appels à la mobilisation missionnaire?

Sans l’Esprit Saint, vouloir faire la mission devient une autre chose. Cela devient, je dirais, un projet de conquête, la prétention d’une conquête que nous réalisons nous-mêmes, une conquête religieuse ou peut-être idéologique, faite probablement de bonnes intentions mais c’est une autre chose.

En citant le Pape Benoît XVI, vous répétez souvent que l’Église grandit par attraction. Que voulez-vous dire ? Qui attire-t-elle ? Qui est attiré ?

Jésus le dit dans l’Evangile selon Saint Jean : «Une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi» et dans le même Evangile, Il déclare également : «Personne ne vient à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire». L’Église a toujours reconnu que c’est là la forme propre de tout mouvement qui rapproche de Jésus et de l’Evangile. Il ne s’agit pas d’une conviction, d’un raisonnement, d’une prise de conscience. Ce n’est pas une pression ou une contrainte. Il s’agit toujours d’une attraction. Le Prophète Jérémie indiquait déjà : «Tu m’as séduit et je me suis laissé séduire».

Ceci vaut pour les Apôtres, pour les missionnaires, et pour leur action.

De quelle manière a lieu ce que vous venez de décrire ?

Le mandat du Seigneur demandant de sortir pour annoncer l’Évangile presse de l’intérieur, par amour, par attraction amoureuse. On ne suit pas le Christ et on devient encore moins Ses annonciateurs ou les annonciateurs de Son Évangile sur la base d’une décision prise de manière rationnelle, à cause d’un activisme auto-induit. L’élan missionnaire lui aussi peut être fécond uniquement dans la mesure où il a lieu sous l’influence de cette attraction et la transmet aux autres.

Quelle est la signification de ces mots par rapport à la mission et à l’annonce de l’Evangile ?

Cela veut dire que si tu es attiré par le Christ, si tu te mets en route et que tu fais les choses parce que tu es attiré par le Christ, les autres s’en apercevront sans effort. Il n’est pas nécessaire de le démontrer et encore moins de l’afficher. En revanche, ceux qui pensent être protagonistes ou imprésario de la mission, malgré toutes leurs bonnes intentions et leurs déclarations d’intention, finissent souvent par n’attirer personne.

Dans l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium, vous reconnaissez que toute cela peut «nous procurer un certain vertige» comme celui de qui s’immerge dans une mer où il ne sait pas ce qu’il rencontrera. Que vouliez-vous suggérer par cette image ? Ces paroles concernent-elles aussi la mission ?

La mission n’est pas un projet entrepreneurial bien huilé. Elle n’est pas même un spectacle organisé pour compter combien de personnes y participent grâce à notre propagande. L’Esprit Saint œuvre comme Il le souhaite, quand Il le souhaite et où Il le souhaite. Et ceci peut causer une forme de vertige. Pourtant le vertige de la liberté repose justement dans le fait de se laisser porter par l’Esprit, en renonçant à calculer et à tout contrôler. C’est justement en cela que nous imitons le Christ Lui-même, qui, dans le mystère de sa Résurrection, a appris à reposer dans la tendresse des bras du Père.

La fécondité mystérieuse de la mission ne passe pas par nos intentions, nos méthodes, nos élans et nos initiatives. Elle repose précisément sur ce vertige : le vertige que l’on ressent face aux paroles de Jésus lorsqu’Il dit : «Sans moi vous ne pouvez rien faire».

Vous aimez répéter aussi que l’Église grandit «par témoignage». Quelle suggestion cherchez-vous à adresser à travers cette insistance ?

Le fait que l’attraction se fait témoignage en nous. Le témoin atteste ce que l’œuvre du Christ et de Son Esprit ont accompli réellement dans sa vie. Après la Résurrection, c’est le Christ Lui-même qui se rend visible aux Apôtres. C’est Lui qui fait d’eux des témoins. Le témoignage, non plus, n’est pas une prestation qui nous appartient. On est témoin des œuvres du Seigneur.

Vous répétez souvent une autre chose, dans ce cas de façon  négative : «L’Église ne grandit pas par prosélytisme et la mission de l’Eglise n’est pas prosélytisme.» Pourquoi tant d’insistance ? Est-ce pour protéger les bons rapports avec les autres églises et le dialogue avec les traditions religieuses ?

Le problème avec le prosélytisme n’est pas seulement le fait qu’il contredit le chemin œcuménique et le dialogue interreligieux. Il y a prosélytisme partout où existe l’idée de faire grandir l’Église en se passant de l’attraction du Christ et de l’œuvre de l’Esprit, en comptant exclusivement sur un quelconque « discours savant ». Donc, en premier lieu, le prosélytisme exclut le Christ Lui-même de la mission, tout autant que l’Esprit Saint lorsqu’il prétend parler et agir au nom du Christ de manière nominaliste. Le prosélytisme est toujours violent par nature même lorsqu’il dissimule ou exerce cette violence avec des gants. Il ne supporte ni la liberté ni la gratuité avec laquelle la foi peut se transmettre par grâce, d’une personne à une autre. C’est pour cela que le prosélytisme n’est pas seulement relatif au passé, au temps de l’antique colonialisme ou des conversions forcées ou achetées par la promesse d’avantages matériels. Le prosélytisme peut exister aujourd’hui aussi, jusque dans les Paroisses, les communautés, les mouvements, les Congrégations religieuses.

Alors que veut dire annoncer l’Évangile ?

L’annonce de l’Évangile veut dire remettre en paroles sobres et précises le témoignage même du Christ, comme le firent les Apôtres. Il n’est pas nécessaire d’inventer des discours persuasifs. L’annonce de l’Évangile peut également être susurrée mais elle passe toujours par la force bouleversante du scandale de la croix et elle suit depuis toujours la voie indiquée dans la lettre de Saint Pierre Apôtre, qui consiste dans le simple fait de «donner raison» aux autres de sa propre espérance, une espérance qui demeure scandale et folie aux yeux du monde.

A quoi reconnaît-on le « missionnaire » chrétien ?

Une caractéristique distinctive est qu’il sert de facilitateur et non pas de contrôleur de la foi. Faciliter, rendre facile, et non pas mettre des obstacles au désir de Jésus d’embrasser tout un chacun, de guérir tout un chacun, de sauver tout un chacun. Ne pas faire de sélections, ne pas établir de « douanes pastorales ». Ne pas se comporter comme ceux qui se mettent sur le pas de la porte pour contrôler si les autres ont bien les prérequis pour entrer. Je me souviens des curés et des communautés qui, à Buenos Aires, avaient mis sur pied de nombreuses initiatives pour rendre plus facile l’accès au baptême. Ils s’étaient aperçus qu’au cours des dernières années, le nombre de ceux qui n’étaient pas baptisés pour de nombreux motifs, y compris sociologiques, croissait. Ils voulaient rappeler à tous qu’être baptisés est une chose simple, que tous peuvent demander le baptême pour eux-mêmes et pour leurs enfants. La route entreprise par ces curés et ces communautés était une et une seule : ne pas ajouter de poids, ne pas prétendre, ôter toute difficulté à caractère culturel, psychologique ou pratique qui pourrait pousser les personnes à reporter ou à abandonner leur intention de baptiser leurs enfants.

En Amérique, au début de l’évangélisation, les missionnaires discutaient sur ceux qui étaient « dignes » de recevoir le baptême. Comment finirent ces disputes ?

Le Pape Paul III rejeta les théories de ceux qui soutenaient que les indiens étaient par nature «incapables» d’accueillir l’Évangile et confirma le choix de ceux qui facilitaient leur baptême. Cela pourrait sembler appartenir au passé et pourtant aujourd’hui encore, il existe des cercles et des secteurs qui se présentent comme «ilustrados», des illuminés qui séquestrent également l’annonce de l’Évangile dans leurs logiques tortueuses qui divisent le monde entre « civilisation » et « barbarie ». L’idée que le Seigneur ait parmi Ses préférés aussi tant de «cabecitas negras» les irrite. Cela les met de mauvaise humeur. Ils considèrent une bonne partie de la famille humaine comme s’il s’agissait d’une entité de classe inférieure, inadaptée à atteindre, selon leurs critères, des niveaux décents de vie spirituelle et intellectuelle. Sur cette base, un mépris pour les peuples considérés de second niveau peut se développer. Tout cela a également émergé à l’occasion du Synode des Evêques sur l’Amazonie.

Certains tendent à opposer dialectiquement l’annonce claire de la foi et les œuvres sociales, déclarant qu’il ne faut pas réduire la mission au soutien des œuvres sociales. Est-ce une préoccupation légitime ?

Tout ce qui est compris dans l’horizon des Béatitudes et des œuvres de miséricorde est en accord avec la mission. C’est déjà une annonce. C’est déjà la mission. L’Église n’est pas une ONG, c’est autre chose. Cependant, l’Église est également un hôpital de campagne, où tous sont accueillis, comme ils sont, et où sont soignées les blessures de tous. Ceci fait partie de sa mission. Tout dépend de l’amour qui fait battre le cœur de celui qui agit. Si un missionnaire aide à creuser un puit au Mozambique, parce qu’il s’est aperçu que cela est utile à ceux qu’il baptise et auxquels il prêche l’Évangile, comment peut-on dire que cette œuvre est séparée de l’annonce ?

Quelles sont aujourd’hui les nouvelles attentions et sensibilités à exercer dans le cadre des processus visant à rendre féconde l’annonce de l’Évangile dans les différents contextes sociaux et culturels ?

Le christianisme ne dispose pas d’un modèle culturel unique. Ainsi que l’a reconnu saint Jean-Paul II, «en demeurant pleinement lui-même, dans la fidélité totale à l’annonce évangélique et à la tradition ecclésiale, le christianisme portera également le visage des nombreuses cultures et des nombreux peuples au sein desquels il est accueilli et s’enracine». L’Esprit Saint embellit l’Église, à travers des nouvelles expressions des personnes et des communautés qui embrassent l’Evangile. Ainsi l’Église, en prenant sur elle les valeurs des différentes cultures, devient «sponsa ornata monilibus suis», l’épouse ornée de ses joyaux dont parle le Prophète Isaïe. Il est vrai que certaines cultures ont été étroitement liées à la prédication de l’Évangile et au développement d’une pensée chrétienne mais, à l’époque où nous vivons, il devient plus urgent encore de tenir compte du fait que le message révélé ne s’identifie avec aucune culture. Et, dans la rencontre avec de nouvelles cultures, ou avec des cultures qui n’ont pas accueilli la prédication chrétienne, il ne faut pas essayer d’imposer une forme culturelle déterminée par la proposition évangélique. Aujourd’hui, y compris dans l’œuvre missionnaire, il convient de ne pas se charger de lourds bagages.

Mission et martyre. Vous avez rappelé souvent le lien intime qui relie ces deux expériences.

Dans la vie chrétienne, l’expérience du martyre et la proclamation de l’Évangile à tous ont la même origine, la même source, lorsque l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint donne force, courage et consolation. Le martyre est la plus haute expression de la reconnaissance et du témoignage rendu au Christ, qui représentent l’accomplissement de la mission, de l’œuvre apostolique. Je pense toujours aux frères coptes trucidés en Libye qui prononçaient à mi-voix le nom de Jésus pendant qu’ils étaient décapités. Je pense aux religieuses de Sainte Mère Teresa tuées au Yémen alors qu’elles prenaient soin de patients musulmans dans une résidence pour personnes âgées handicapées. Lorsqu’elles ont été tuées, elles portaient des tabliers de travail par-dessus leur habit religieux. Ce sont tous des vainqueurs, pas des « victimes », et leur martyre, jusqu’à l’effusion du sang, illumine le martyre que tous peuvent endurer dans la vie de chaque jour, avec le témoignage rendu quotidiennement au Christ. C’est ce que l’on peut voir, lorsqu’on va visiter les maisons de retraite des missionnaires âgés, souvent éprouvés par la vie qu’ils ont menée. Un missionnaire m’a déclaré que nombre d’entre eux perdent la mémoire et ne se souviennent plus du tout du bien qu’ils ont fait. «Mais cela n’a pas d’importance – me disait-il – car le Seigneur, en revanche, s’en rappelle très bien». 

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