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8 octobre 2021

Installation des sœurs du Verbe Incarné en Charente Maritime

Monseigneur Georges Colomb

Notre monde porte-t-il en lui les signes visibles de l'action de Dieu ? Doit-on voir dans les malheurs et les calamités qui nous frappent des avertissements pour notre inconduite et notre oubli des vérités ultimes ?

L’incrédulité des hommes les fait douter de tout au temps du prophète Joël comme au temps du Christ et aujourd’hui encore davantage. Nous dénions à Dieu le droit d’intervenir dans nos vies alors que tout dans le mystère de l’Incarnation devrait au contraire nous convaincre de la présence agissante de Dieu en ce monde.

Vaincre l’esprit du mal est la finalité première de la mission de Jésus afin que l’homme puisse recevoir de sa part un esprit de fils. Le Satan, le mal a vaincu tout homme dans le premier Adam. Depuis lors, il est « l’homme fort et bien armé qui garde son palais », c’est-à-dire qui domine sur tous les royaumes terrestres (Cf. Lc 4, 6). Mais, lorsqu’il meurt sur la croix, Jésus dépouille Satan de toutes ses armes qui sont celles de l’avoir, du pouvoir et du paraître. C’est alors qu’il restaure en l’homme ce que le démon avait altéré : son identité d’image de Dieu et sa réalité de fils de Dieu.

Par son Incarnation, le Christ est venu épouser notre condition humaine. Il est aussi venu s’unir dans des épousailles mystiques à son Eglise, il est venu appeler du milieu du monde des hommes et des femmes pour s’unir plus particulièrement dans le don de la vie consacrée.  Toute vocation religieuse est réponse libre à cet amour insensé de Dieu pour les hommes et confiance dans cette certitude : Dieu agit, Dieu entend notre prière, Dieu est avec nous. Les consacrés sont pour l’Eglise le signe de l’amour de Dieu, de la grâce que Dieu nous fait. Ils sont aussi signe du combat qui se livrera jusqu’à la consommation des temps contre les forces du mal.

Oui, Dieu est bien là vivant au milieu de son peuple et si tout est accompli dans le Christ il reste à ce temps de l’histoire d’en parcourir toutes les étapes. La suite du Christ est belle mais exigeante. Nombreux sont ceux qui se laissent séduire par les discours mensongers du Prince de ce monde, qui ne parlent que de facilité, spontanéité, jouissance et autonomie, fausse liberté. Nous sommes tous en  combat spirituel, et celui-ci exige une vigilance de chaque instant. L’oublier, c’est déjà être vaincu. C’est en faisant mémoire, jour après jour, des œuvres de salut du Seigneur dont elle a bénéficié, que l’Église peut garder les yeux fixés sur son Sauveur. Aussi l’Eucharistie, mémorial de la Rédemption, est-elle par excellence le lieu de son rassemblement, où elle peut rendre grâce, se reposer, refaire ses forces et se laisser envoyer dans la puissance de l’Esprit.

Chères sœurs, en vous installant ici sur cette terre de France, en Charente-Maritime, vous témoignez pour tous de cette certitude : Dieu est vivant au milieu des hommes et l’esprit des Béatitudes n’est pas un vain rêve. Le mal contre lequel nous devons lutter en nous et autour de nous n’aura pas le dernier mot puisqu’il a été vaincu par le Christ. Notre temps est celui de l’incrédulité. Au temps de Jésus on niait que le bien puisse venir du Christ, à notre époque on nie l’existence de Dieu et plus encore celle du mal. Par votre consécration vous témoignez qu’il est possible de donner sa vie à ce Dieu tout puissant d’amour qui a mis en nous et dans son Eglise son esprit saint. Vous témoignez qu’il est possible de préférer la mystérieuse fécondité de la prière à toutes les possessions humaines. Vous témoignez  qu’il est possible de vivre en frères et sœurs dès maintenant, dans l’accueil et le partage. Vous nous rappelez à tous la place primordiale de la contemplation, de l’écoute, du silence dans notre vie chrétienne.

En ce XXIe siècle qui voit triompher le scepticisme, le doute, le relativisme, merci d’être pour nous les témoins de la grâce de Dieu et de son amour. Merci d’être signes en ce temps et en ce lieu de la présence agissante de Dieu et de sa fidélité.

Monseigneur Colomb

Jl 1, 13-15 ; 2, 1-2; Ps : 9A, 2-3, 6.16, 8-9; Lc 11, 15-26

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