Ordonné prêtre pour le diocèse de Lyon en 1990, Mgr Michel Guillaud a été nommé évêque de Constantine et Hippone le 11 juillet 2025, puis installé le 18 octobre dernier. Diplômé en arabe et en islamologie, il était en mission en Algérie depuis 2006. Il se réjouit d’une visite prochaine du Pape Léon XIV sur les lieux de vie de saint Augustin.
Comment êtes-vous devenu missionnaire en terre d’Islam ?
Mes liens avec l’Algérie remontent au milieu des années 80. J’y suis allé voir des amis régulièrement. Au séminaire, on m’a encouragé à cultiver ces liens, « précieux pour l’Eglise ». Une fois ordonné prêtre, les évêques d’Algérie ont sollicité le cardinal Albert Decourtray, alors archevêque de Lyon. Celui-ci avait répondu à l’époque : « Ecoutez ! J’en ai besoin aussi. Je le garde 15 ans et après je vous le donne ! » Original comme plan de carrière, n’est-ce pas ? A Lyon, les évêques se sont succédé : Mgr Jean Balland, puis Mgr Louis-Marie Billé et Mgr Philippe Barbarin. La deuxième fois que j’ai rencontré ce dernier – il avait lu mon dossier – il m’a interpellé : « Est-ce que l’Algérie tient toujours ? » Il n’a pas renié la parole de ses prédécesseurs et m’a envoyé en mission, tout en maintenant le lien avec Lyon. Le cardinal est d’ailleurs venu en mars 2007, avec une délégation de collaborateurs chrétiens et des partenaires musulmans pour une visite des communautés chrétiennes et musulmanes qui s’est close à Tibhirine. Il s’est déplacé plusieurs fois, notamment pour la restauration de la basilique St-Augustin. Je suis reconnaissant pour le maintien du lien avec le diocèse. J’ai pu récemment témoigner de ce que vit notre Eglise d’Algérie à St-Priest. Ces liens restent fructueux.
Avez-vous invité le Pape Léon XIV à se rendre en Algérie ?
Le jour-même de son élection [8 mai 2025, NDLR], le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, lui a proposé de venir en Algérie, ce à quoi le nouveau pape est tout à fait favorable. Et le Président algérien, Abdelmadjid Tebboune,qui s’est rendu au Vatican le 24 juillet dernier, a renouvelé cette invitation. Quand, le 8 mai, Léon XIV a affirmé : « Je suis fils de saint Augustin », toute l’Algérie a frémi, se demandant ce que cela voulait dire ! « Il est Américain, sans doute fils d’immigrés. Vous n’avez pas connu Mohammed Prevost ? » On a fini par comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un lien généalogique mais d’une filiation spirituelle avec Augustin d’Hippone (354-430). Pour cette raison, les Algériens ressentent une forme de complicité avec lui. Mais aussi parce que les Algériens ont percu, grâce à ses prédécesseurs, que le pape ne travaille pas uniquement pour les siens mais qu’il est au service de l’humanité. Ils se sentent représentés par lui, d’une certaine manière, quand il parle comme leader spirituel au service de tous. Ce ministère de communion est très porteur pour nous. L’Algérie attend le Saint-Père avec joie !
Quel est le visage de l’Eglise catholique en Algérie ?
A 80%, les fidèles sont des étudiants d’Afrique Sub-Saharienne – souvent anglophones – qui ont des bourses d’étude. Cela donne donc une Eglise jeune, dynamique, étrangère majoritairement. Quelques Algériens font néanmoins partie de notre communauté : l’Algérie est assez tolérante sur la démarche de conscience de ses citoyens, si on reste discret. Parmi ces jeunes étudiants, beaucoup ne sont pas catholiques. Nos églises sont donc un espace œcuménique. J’ai célébré Noël le 24 décembre au soir, à Skikda, avec une quinzaine de personnes dont peut-être deux catholiques. Nous avons fêté ensemble la naissance du Sauveur ! Nous ne sommes pas en Algérie pour convertir les Algériens mais pour vivre l’Evangile (pour ceux qui ne lisent pas Matthieu, Marc, Luc ou Jean, notre vie peut être le cinquième évangile !), soutenir les Chrétiens, nous émerveiller de l’œuvre de Dieu dans la vie des personnes et en témoigner par notre vie.

Un Jubilé de l’espérance sous le signe de la Réconciliation
Les 4 diocèses d’Algérie ont structuré l’Année jubilaire en trois étapes : « Action de grâce, Réconciliation et Espérance ». Et ce malgré les distances – certaines paroisses sont à 7 heures de route du centre du diocèse et même plus de la basilique St-Augustin d’Annaba (appelée anciennement Hippone). Un temps fort ? La journée diocésaine de réconciliation pendant laquelle « tout le monde s’est levé » : pour voir un prêtre, rencontrer un aîné dans la foi, écrire une lettre confiée ensuite à la prière des sœurs de l’Abbaye de Pradines (près de Lyon). Son plus beau fruit ? « La joie ! » se réjouit Mgr Guillaud.
Propos recueillis par Claire Rocher