28/08/2026

Dimanche 30 août 2026 - 22e dimanche du TO : La mission véritable du Christ de Dieu et de ses disciples

Méditation biblique du P. Dinh Anh Nhue Nguyen, OFMConv, Secrétaire général de l'Union Pontificale Missionnaire.

Chaque dimanche ou solennité, le Père Dinh Anh Nhue Nguyen, OFMConv, secrétaire général de l’Union Pontificale Missionnaire à Rome, nous livre un commentaire biblique et missiologique des textes de la messe.

Textes du 23 août 2026 : Jr 20, 7-9; Ps 62; Rm 12, 1-2; Mt 16, 21-27

A la fin de l’Evangile de dimanche dernier, après la profession de foi de Pierre, Jésus « ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Messie. » Pourquoi avoir dit cela après qu’Il avait confirmé la véracité des paroles prononcées par Pierre avec un grand éloge ? Nous avons la réponse à cette question dans l’Evangile de ce jour qui justement est lu une semaine après celui-là. Jésus, professé comme le Christ, le Fils du Dieu Vivant, révèle maintenant la véritable mission du Christ-Messie pour le salut du monde selon le plan de Dieu. Le fait que Pierre résiste à cette révélation a entraîné une réaction presque véhémente de Jésus, cela fait comprendre qu’Il veut non seulement éclairer ses disciples sur le projet divin à accomplir, mais Il invite aussi à comprendre et à adhérer à la même mission de leur Maître. Les mots de Jésus donc sont fondamentaux pour la mission des disciples de tous temps, et ils méritent qu’on s’y attarde dans une perspective missionnaire. Les trois points à suivre sont seulement une invitation à une réflexion personnelle plus large sur le sujet.

1. « A partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer… qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup»

De nouveau dans l’Evangile de ce jour le contexte temporel de l’enseignement de Jésus est important. (Cet aspect est mentionné dans les lectionnaires de diverses langues normalement avec une expression classique « En ce temps-là » [du latin « In Illo Tempore »] qui est trop générique et insuffisante pour comprendre le sens des actions et des paroles de Jésus qui suivent). Le récit de l’évangéliste Matthieu utilise l’expression « à partir de ce moment » pour souligner l’étroite relation entre l’épisode de ce jour et celui qui précède qui rapporte la profession de foi de Pierre. En d’autres termes, ce qui se passe aujourd’hui est intrinsèquement lié à la profession de foi de Pierre, et de concert avec cette profession, c’est effectivement un tournant dans la mission de Jésus. C’est après et seulement après avoir été reconnu comme le Messie de Dieu que Jésus révèle la véritable nature de sa mission ; « A partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup… »

Ce sont les paroles emblématiques de Jésus sur la mission, paroles qu’il a réalisés par sa vie, sa passion, sa mort et sa résurrection. Il faut cependant souligner que le mot « fallait » n’indique pas une fatalité d’évènements mais le plan à réaliser voulu par Dieu. Cette nuance théologique du mot analysé est accentuée plus souvent et plus fortement dans l’Evangile de Luc. Ainsi, un exemple parmi d’autres, dans le récit de l’apparition sur la route d’Emmaüs, le Christ ressuscité a réprimandé les deux disciples « insensés et au cœur lent » avec cette question rhétorique ; « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24,26). C’est le véritable mystère de la mission du Messie de Dieu, cela qui passe aussi par le temps de la passion et de la croix, non parce qu’Il le cherchait volontairement ou qu’il le subissait passivement, mais tout simplement parce que Jésus le Christ adhérait fidèlement au projet de Dieu pensé pour Lui et pour le salut du monde. (« Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » Mc 14,36). Lui, dans le récit évangélique de ce jour, a commencé à annoncer à ses disiciples le mystère de sa véritable mission, pour les préparer à comprendre le plan de Dieu pour le Messie comme il était annoncé par les prophètes. Il s’agit de la Sagesse de la Croix dont parlera l’apôtre saint Paul. C’est ainsi que tous les disciples du Christ crucifié et ressuscité sont invités à s’engager dans la même mission d’évangélisation du monde.

2. « Passe derrière moi, Satan ». Une transformation curieuse de Pierre, de “pierre d’angle” à “pierre d’achoppement”.

La première réaction spontanée de Pierre à la révélation de la croix du Christ a montré la vision habituelle de ceux qui attendaient le Messie, Sauveur d’Israël (celui qui vient avec la puissance et la gloire de Dieu). Ainsi, à cette occasion, Pierre se permet le « luxe » de faire des reproches à son maître, même si c’est seulement à l’écart : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. » Cela entraîne une réaction très véhémente de Jésus qui réprimande Pierre durement ; « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Ce sont des mots très durs, jamais entendus dans la bouche de Jésus, qui dans l’Evangile n’a jamais appelé personne par le mot diabolique de « Satan » (excepté  évidemment lorsqu’il dénonçait Satan lui-même dans les dernières tentations du récit de saint Matthieu !).

D’un sens, une telle réaction de Jésus laisse entrevoir la gravité de la chose. Ce qui est en jeu, c’est la question de la vie et de la mort pour celui qui veut toujours suivre la volonté de Dieu, y compris pour son Messie. D’autre côté, l’apôtre Pierre, qui a reçu l’éloge de Jésus quelques instants auparavant pour sa profession de foi sous inspiration divine, devient maintenant le Satan, le personnage diabolique qui est toujours en train de dresser des obstacles ou de détourner les hommes du chemin de Dieu. En un instant, Pierre, la pierre d’angle de l’Eglise devient un scandale pour le Maître, c’est-à-dire une pierre d’achoppement, parce que « tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Kyrie eleison!

Quel changement spectaculaire ! Ce qui arrive à Pierre devient une mise en garde pour tous les disciples du Christ, de tous temps. Ô disciple du Christ, si tu n’es pas attentif à rester toujours avec le Seigneur, tu peux devenir un instrument de Satan sans même t’en rendre compte, lorsque « tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes », lorsque tu suis le projet des hommes selon la mentalité du monde, pour utile et beau qu’il soit, mais pas celui de Dieu, qu’il nous a enseigné par l’Ecriture, même s’il est difficile de le réaliser et peut coûter la vie.

Donc, voilà l’exhortation cordiale (et bien appropriée aujourd’hui) de saint Paul aux fidèles de Rome et en général aux disciples du Christ ; « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait ». Ainsi les mots de Dieu auront un rôle fondamental pour une conversion permanente de l’esprit et du cœur, pour que ces derniers soient toujours sous l’éclairage, l’inspiration et la conduite de l’Esprit de Dieu. C’est donc  fondamental dans la vie des disciples du Christ comme Pierre, et ce le sera encore plus dans leur engagement à continuer la mission de leur Maître et Seigneur. A ce propos, nous pouvons rappeler un enseignement important du Pape François dans le Message pour la Journée Mondiale de la Mission 2023, dans son commentaire sur les pèlerins d’Emmaüs ;

« Si le Seigneur ne nous y introduit pas, il est impossible de comprendre en profondeur l’Écriture Sainte. Pourtant le contraire est tout aussi vrai : sans l’Écriture Sainte, les événements de la mission de Jésus et de son Église dans le monde restent indéchiffrables » (Lett. ap. M.P. Aperuit illis, n. 1). C’est pourquoi la connaissance de l’Écriture est importante pour la vie du chrétien, et plus encore pour l’annonce du Christ et de son Évangile. Sinon, que transmet-on aux autres si ce n’est ses propres idées et projets ? Et un cœur froid, pourra-t-il jamais faire brûler celui des autres ?

Un cœur qui pense selon le monde, pourra-t-il jamais offrir et expliquer aux autres le bon chemin du Seigneur ?

3. Le courage et la sagesse de perdre sa propre vie pour la mission

Dans sa sévère réprimande à Pierre, on remarque que, même si l’apôtre est lamentablement tombé dans la mentalité mondaine commune sur la mission du Messie de Dieu, Jésus ne l’a pas renvoyé « à maison » « chez lui ». Jésus n’a pas dit à Pierre « Va t’en ! » comme il l’avait dit à Satan lui-même (« Eloigne-toi de moi »). Mais Il dit plutôt à Pierre ; « Passe derrière moi ! » pour l’exhorter à se mettre de nouveau dans la position du disciple qui suit le maître. Ces mots résonnent comme un second appel, après le premier « Suis-moi » au bord du lac de Génésareth. Ils sont aussi valables pour tous les disciples, et donc Jésus leur adresse immédiatement le discours dit de « sequela » (« à sa suite »), en expliquant les règle pour le suivre dans la mission. Il part d’un demande claire, motivée par une déclaration de caractère existentiel et plein de sagesse ; « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. ».

Sans vouloir trop entrer dans une analyse détaillée de ces paroles pleines de sens de Jésus, je souligne seulement un point fondamental. Jésus, qui s’adresse ainsi à ses suiveurs potentiels de manière exigeante, voire intransigeante, est Celui qui a déjà fait un tel chemin, en suivant le premier les principes exposés de se renier pour Dieu, de prendre sa croix, de perdre sa propre vie pour la retrouver ensuite. C’est la dynamique du grain qui tombe en terre et meurt pour faire naître une nouvelle plante, comme Jésus lui-même en a parlé à une autre occasion. On parle donc d’une exhortation toute sapientielle (pour une sagesse de la vie), mais aussi très personnelle de Jésus qui ensuite promet effectivement la vraie vie à chacun qui « perd sa vie à cause de moi ». Jésus apparaît ainsi comme un sage qui enseigne le chemin pour rejoindre la vraie vie. Ce chemin est Lui-même, avec son message et avec sa mission qu’il confiera à ses disciples-missionnaires dans le monde.

Alors nous prions en conclusion avec les mots d’un chant liturgique italien connu, en communion avec toute l’Eglise et avec le Saint Père dans son voyage apostolique et missionnaire en Mongolie ces jours-ci :

Prends ma vie, prends-là Seigneur
Et que ta flamme brûle en mon cœur (…)

Donne-moi Seigneur de me donner à Toi
Et que Ta Lumière resplendisse devant moi
Je suivrai ton chemin de Roi crucifié
Et en te suivant je vivrai de Toi

Télécharger l’homélie et les notes

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