30 Jan 2026

Dimanche 1er février 2026 : "La Bonne Nouvelle pour les pauvres de Dieu"

Commentaire missiologique pour dimanche 1er février 2026 par le Père Anh Nhue Nguyen, secrétaire général de l’Union Pontificale Missionnaire à Rome.
Les Béatitudes

Chaque dimanche ou solennité, le Père Anh Nhue Nguyen, secrétaire général de l’Union Pontificale Missionnaire à Rome, nous livre un commentaire biblique et missiologique des textes de la messe.

Textes du dimanche 1er février 2026 – Année A

1re lecture : So 2,3 ; 3,12-13 
Ps 145 
2e lecture : 1Co 1,26-31 
Evangile : Mt 5,1-12a

Après avoir médité, dimanche dernier, sur la première annonce de Jésus « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche », nous sommes invités à réfléchir aujourd’hui sur les Béatitudes qui ouvrent le premier discours du Maître de Nazareth dans l’Évangile de Matthieu. Le sens du texte est dense et il faut du temps pour approfondir toutes ses richesses biblico-théologiques et spirituelles-existentielles. Pour ceux qui le souhaitent, je renvoie à l’étude monumentale en trois volumes intitulées “Les béatitudes” du renommé moine bibliste P. Jacques Dupont. (Voir également le cycle des catéchèses du Pape François sur les Béatitudes aux audiences générales à partir du 29 janvier 2020). Je ne ferai que signaler seulement les trois aspects plus importants pour une réflexion approfondie sur l’évangile que nous venons d’entendre.

1. Une scène majestueuse

Il faut souligner immédiatement l’atmosphère solennelle que l’évangéliste saint Matthieu a voulu donner à la proclamation des Béatitudes. En effet, il faut que chaque auditeur s’immerge dans “ce temps”, voie et perçoive toute la solennité du moment dans lequel Jésus annonce le discours pour mettre en valeur l’importance de l’enseignement, et puis le vivre avec révérence et gratitude.

Avant tout, le lieu de la proclamation est la montagne. En effet, saint Matthieu explicite : « Voyant les foules, Jésus gravit la montagne ». La montagne rappelle immédiatement le mont Sinaï où Dieu Lui-même a transmis par l’intermédiaire de Moïse le don de la Torah, traduite communément comme la Loi. Toutefois, elle ne doit pas seulement être comprise comme les commandements-préceptes législatifs à observer, mais aussi et surtout comme l’ensemble des enseignements divins à suivre. Maintenant, Jésus est Lui aussi sur la montagne. Il sera donc le nouveau Moïse, par qui Dieu donnera la Torah de la Nouvelle Alliance. C’est pourquoi, le discours que Jésus fait est appelé communément “Discours sur la montagne” et considéré justement la manifestation ou la Constitution du Royaume de Dieu dont la venue est annoncée par Jésus au début de son ministère public. C’est le premier enseignement par excellence de Jésus dans l’Évangile selon l’ordre numérique ou chronologique, et même d’importance.

L’atmosphère solennelle de l’enseignement est ultérieurement exaltée par la description de la posture de Jésus, avant qu’Il parle : « Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui ». S’asseoir avec les disciples autour est la position habituelle d’un maître (rabbin) quand il enseigne la Loi divine. Toujours en vue de la solennité, même la description de la prise de parole de Jésus est très extraordinaire : « Ouvrant la bouche, il les enseignait ». Au lieu d’un simple et immédiat « Il les enseignait » qui serait suffisant, l’évangéliste a préféré la redondance solennelle : « Ouvrant la bouche ».

Il faut garder à l’esprit cette scène majestueuse pour apprécier davantage le message des Béatitudes qui seront le cœur de l’Évangile, la Bonne Nouvelle que Jésus annonce avec autorité divine.

2. « Heureux les pauvres…»

Le premier discours de Jésus dans l’Évangile de Matthieu s’ouvre avec les séries des huit béatitudes proclamées à la troisième personne du pluriel (« Heureux les pauvres…, car… est à eux… »), suivies après par la béatitude conclusive adressée directement aux auditeurs, déclinée à la deuxième personne du pluriel (« Heureux êtes-vous si l’on vous insulte… »).

Même ici, on peut parler sans fin sur chaque béatitude. Pour des raisons de temps, on va souligner l’importance primaire de la béatitude aux pauvres qui occupe, en effet, la première place. C’est précisément le cœur de l’Évangile divin, c’est-à-dire de la Bonne Nouvelle de Dieu que Jésus apporte au monde, particulièrement aux “pauvres”, en accomplissant sa mission d’“ évangéliser ” : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ».

« Les pauvres de cœur » sont les premiers destinataires du Royaume de Dieu. Comme il a été précisé par l’évangéliste lui-même, il ne s’agit pas seulement de l’état de pauvreté matérielle, mais plutôt d’une attitude de l’esprit. Les pauvres sont ceux qui n’ont aucun appui ou sécurité dans la vie sinon en Dieu Lui-même. Ils sont ceux qui, malgré tout, la précarité de la vie, les tribulations, les oppressions, continuent à mettre toute leur confiance en Dieu qui sauve. Dans cette perspective, on peut entrevoir que les pauvres en esprit sont la catégorie qui embrasse tous les types mentionnés dans les béatitudes successives.

En d’autres termes, d’un côté, les pauvres en esprit sont ceux qui sont dans les larmes, les affamés et les assoiffés de la justice, et les persécutés pour la justice (sous-entendue divine). Ils sont tous bienheureux, c’est-à-dire heureux selon le sens hébraïque du terme, non parce que leur situation de pauvreté ou de misère, de larme, de faim et de soif, ou de persécution soit bonne et louable en soi, mais parce que dans une telle situation, ils obtiennent la grâce particulière de Dieu s’approchant d’eux pour leur donner le bonheur de son Royaume, à savoir sa présence amoureuse salvifique. D’un autre côté, les pauvres en esprit se révèlent identifiables aux doux et aux humbles, aux miséricordieux, aux cœurs purs, aux artisans de paix ou aux pacifiques, parce que celles-ci sont les caractéristiques des personnes appelées anawin “pauvres” de Dieu dans l’Ancien Testament. Ils constituent exactement « un peuple pauvre et petit », destinataire privilégié du salut divin à la fin des temps (cf. So 2,3 ; 3,12-13 ; première lecture). L’état de bienheureux qui leur est proclamé apparaît ainsi comme une exhortation implicite à l’engagement de conversion à ces valeurs pour accueillir les réalités salvifiques du Royaume.

3. Suivre Jésus le premier “heureux” et “pauvre” de Dieu

Enfin, faut-il rappeler que Jésus lui-même, comme le souligne saint Paul, s’est fait pauvre pour nous, pour nous enrichir par sa pauvreté. Voici littéralement les paroles profondes de l’apôtre : « Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2Co 8,9). Jésus est donc le premier bienheureux “pauvre de Dieu” et ainsi, nous pouvons entrevoir son profil dans chaque type de destinataire des béatitudes annoncées. En réalité, le chemin des Béatitudes n’est pas une simple liste de valeurs sociales ou éthiques, bien qu’elles soient valides, mais il s’agit de suivre la personne de Jésus, Dieu-Homme des Béatitudes, et comme le dit saint Paul, « lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption » (1Co 1,30 ; deuxième lecture). Ainsi, nous devenons, nous aussi, hommes des béatitudes divines qui les vivent et les transmettent aux autres, proches et lointains.

Continuons donc à prier pour notre conversion et celle de tous au Royaume de Dieu et à son Évangile des Béatitudes :

Ô Seigneur, fais-nous sentir ton cœur tout épris du Royaume de Dieu ainsi que ton invitation cordiale à la conversion à ton Évangile de paix et d’amour. Aide-nous à vivre constamment cette conversion dans nos vies, afin que nous-mêmes, avec Toi et en Toi, devenions l’invitation vivante, en paroles et en actes, à la conversion au Royaume pour ceux qui ne Te connaissent pas. Et dans notre mission d’être des témoins de Toi et de Ton Royaume, aide-nous, tes disciples à être toujours plus unis dans Ton amour, en surmontant les divisions existantes dans nos Eglises et nos communautés. Laisse ton visage briller sur nous, et nous serons sauvés et resplendissants de ta Lumière pour le monde entier. Marie, mère du Christ et mère de ses disciples, priez pour nous ! Amen !

Télécharger l’homélie et les notes

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