04/09/2026

Dimanche 6 septembre 2026 - 23e dimanche du TO : La mission de la réconciliation en Christ

Méditation biblique du P. Dinh Anh Nhue Nguyen, OFMConv, Secrétaire général de l'Union Pontificale Missionnaire.

Chaque dimanche ou solennité, le Père Dinh Anh Nhue Nguyen, OFMConv, secrétaire général de l’Union Pontificale Missionnaire à Rome, nous livre un commentaire biblique et missiologique des textes de la messe.

Textes du 6 septembre 2026 : Ez 33,7-9; Ps 94; Rm 13,8-10; Mt 18,15-20

L’Evangile de ce dimanche offre un eneignemenet sur la correction fraternelle entre les membres de la communauté des fidèles du Christ. Il s’agit d’indications concrètes à l’intérieur du dénommé « Discours ecclésial » (ou sur l’Eglise) du chapitre 18, dans lequel l’évangéliste saint Matthieu rassemble les enseignements de Jésus concernant les relations entre frères et sœurs de la communauté. Les paroles entendues aujourd’hui sont très claires et indiquent des pas concrets à réaliser, presque comme si c’était une loi à appliquer dans chaque cas spécifique. “ Si ton frère a commis un péché contre toi”. Ainsi ces paroles ne doivent pas être ignorées (il serait trop compliqué de parler avec quelqu’un avec qui on a déjà une relation difficile) ni adoptées de manière injuste (en les utilisant pour un règlement de compte personnel). L’ensemble doit être interprété de manière juste, en prenant en compte le contexte littéraire et spirituel de ces mêmes indications, à partir de la très importante déclaration de Jésus à la fin du passage sur sa présence au milieu des disciples réunis en son nom.

1. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ». Le principe de la présence constante du Christ parmi ses disciples.

Il s’agit de la vérité théologique que Jésus a soulignée à la fin du commandement sur la correction fraternelle. Elle éclaire donc tout le processus que Jésus a recommandé à ses disciples. En elle-même, cette déclaration finale de Jésus fait référence directement aux paroles de l’ange à Saint Joseph au début de l’Evangile de Matthieu concernant l’identité du Messie à naître qui sera l’Emmanuel – Dieu avec nous. D’un autre côté, elle renvoie aussi à la dernière affirmation de Jésus réssuscité adressée aux disciples, avant de monter au Ciel et après les avoir envoyés en mission dans le monde entier : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20b). Cela souligne la présence mystique du Christ parmi ses disciples dans leur vie et dans leur mission, là aussi où seulement deux ou trois sont réunis en son nom.

Pour approfondir, il faut se rappeler l’expression presque parallèle dans la tradition rabbinique ; « si deux sont ensemble, occupés aux paroles de la Torah, la shekinah habite parmi eux » (m.Abot 3,2). Ici, la shekinah indique la présence immanente de Dieu dans le monde, dans un fort lien avec la vision biblique juive de la demeure divine dans le peuple, développée ensuite dans les traditions successives. Le parallèle de ces deux expressions, celle de Jésus et celle des rabbins, permet de suivre deux correspondances significatives sur le plan du contenu ; Jésus avec la Torah (Loi) et la présence de Jésus avec la présence divine. L’expression jésuenne est toute entière centrée sur Jésus ; il est christo-centrique, à la différence de l’expression rabbinique qui est Torah-centrique et théocentrique.

A ce propos, les paroles analysées de Jésus arrivent après l’instruction de Mt 18, 19-20 (« si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux »). Cette dernière éclaire et clarifie, en l’espèce, la présence promise de Jésus. En effet, les mots affirment d’abord l’efficacité de la prière en commun, c’est-à-dire au moins entre deux ! La motivation et la présence jésuenne parmi les siens. Donc, le fait de se réunir à « deux ou trois » fait référence surtout à un rassemblement pour « prier le Père » ou plus généralement pour le culte, comme il est suggéré dans le terme « en mon nom ». La présence de Jésus au milieu des personnes réunies en son nom aura une forte dimension cultuelle ou « liturgique » tournée vers le Père. Jésus sera présent non seulement pour recevoir louange et adoration, mais surtout pour prier le Père avec eux. C’est Sa présence, et rien d’autre, qui garantit l’écoute du Père. C’est également la perspective de certains déclarations dans l’Evangile de Jean ; « tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera » (cf. Jn 15,16; 16,23.24.26).

Donc, on ne parle pas ici d’un présence statique mais bien plutôt dynamique. Comme pour la shekinah, Jésus sera présent au milieu des fidèles, mais maintenant avec la mission précise de marcher avec eux pour leur assurer la grâce et la bienveillance du Père. Ce principe de la présence mystique dynamique de Jésus avec ses disciples dans leur vie et dans leur mission sera particulièrement fondamental pour celui qui aura la tâche/le devoir délicat et pas simple de « corriger » le frère pour la « faute » commise. Lorsque nous, deux ou trois ou toute l’église-communauté, nous réunissons, le faisons-nous en son nom ou en notre nom propre ? Est-ce que nous laissons vraiment Jésus venir et agir en nous ?

2. « S’il t’écoute, tu as gagné ton frère ». La correction fraternelle dans la mission de réconciliation du Christ.

Ce qui est relevé ci-dessus nous montre le véritable esprit dans lequel il nous faut appliquer les pas concrets de la correction fraternelle. Il faut la pratiquer, lorsque c’est nécessaire, mais toujours comme le Christ bon pasteur, c’est-à-dire avec amour, douceur et humilité (ce n’est pas par hasard que la parabole du bon pasteur est rapportée par l’évangéliste Matthieu juste avant les indications sur la correction fraternelle que nous avons écoutées !). Saint Paul sera encore plus explicite, en mentionnant la douceur dans les fruits de l’Esprit dans le vie nouvelle et en suggérant aux fidèles Galates ; « Frères, si quelqu’un est pris en faute, vous, les spirituels, remettez-le dans le droit chemin en esprit de douceur ; mais prenez garde à vous-mêmes : vous pourriez être tentés, vous aussi. Portez les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ ». (Gal 6,1-2).

Sur la même piste on retrouve l’enseignement du même Apôtre aux fidèles romains dans Rm 13,8-10 que nous avons entendu dans la seconde lecture ; « Frères, n’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi ». Et il conclut avec des paroles éclairantes pour notre réflexion : « L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour ». Ainsi, la correction fraternelle, celle entre frères en Christ, n’a pas et ne doit pas avoir d’autre motivation que la charité fraternelle. Elle ne sort pas et ne doit pas sortir du cadre de cette charité fraternelle qui « ne fait rien de mal au prochain ».

Donc, la correction fraternelle se pratique dans la réconciliation en Christ. En d’autres termes, la correction fraternelle se déroule dans le contexte large de la réconciliation constante avec Dieu en Christ, parce que le fait de se réconcilier entre frères est intrinsèquement lié avec le fait de se réconcilier avec Dieu. On parle de la mission de réconciliation pour le monde entier vers qui le Christ a envoyé ses disciples-missionnaires. Chaque disciple du Christ, que ce soit celui qui corrige ou celui qui est corrigé, écoute et prend à cœur cette réflexion profonde avec l’invitation de saint Paul apôtre ; « Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Cor 5,19-20)

3. « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35). Le principe de l’unité de l’amour entre les disciples pour la crédibilité de la mission du Christ.

Dans cette perspective, nous comprenons encore mieux le sens « missionnaire » de chaque action de correction et de réconciliation fraternelle. Il s’agit d’être unis dans l’amour pour la crédibilité de la mission d’évangélisation et de réconciliation du Christ et de l’église-communauté de ses disciples missionnaires. C’est pour ça que Jésus a tellement insisté sur l’amour mutuel parmi les siens, en le définissant comme son commandement nouveau et en soulignant son importance comme témoignage de l’adhésion à Lui devant tous les hommes ; «À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples». C’est Lui qui a prié le Père pour tous les siens, dans le présent et dans le futur ; « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17,21). Que chacun de nous, ses disciples, ressente le cœur du Christ pour l’unité de l’amour et ait toujours à l’esprit ce désir du Maître dans chaque action ! Nous concluons dons avec les paroles inspirées de saint Paul, aux fidèles de Thessalonique. Elle sont comme l’augure du Seigneur pour nous tous ses disciples-missionnaires d’aujourd’hui, même au milieu des corrections nécessaires du fait de notre faiblesse humaine ; « Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant, comme celui que nous avons pour vous. Et qu’ainsi il affermisse vos cœurs, les rendant irréprochables en sainteté devant Dieu notre Père, lors de la venue de notre Seigneur Jésus avec tous les saints ».(1Th 3,12-13).

Télécharger l’homélie et les notes

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