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22 février 2021

Les petits forçats du cobalt : de la mine aux bancs de l’école

La province de Lualaba en République démocratique du Congo est une des régions les plus riches du monde en matières minières. Si cette abondance de richesses devrait être vue comme un don de Dieu, la cupidité des uns en a fait une véritable source de souffrances et d’instabilité sociale pour les autres.

Environ 60% à 70% du cobalt utilisé dans nos ordinateurs, téléphones, tablettes et voitures électriques proviennent des mines de Kolwezi, capitale de la province de Lualaba mais tous n’en profitent pas. Depuis 2012, les Sœurs de la Charité du Bon Pasteur travaillent inlassablement auprès des instances politiques, des organisations non gouvernementales et internationales pour améliorer les conditions de vie des “forçats du cobalt”.  

Interrogée par l’Agence Fides pour la revue Omnis Terra, sœur Pascaline Mukebo, chef du projet d’autonomisation de la femme, fait part de l’étonnement qu’elle a eu en arrivant dans la ville minière : « Lorsque nous sommes arrivées pour la première fois, il y avait très peu de monde dans les rues ». Nombre d’hommes, de femmes et d’enfants travaillent en effet à la mine.  

Ces prospecteurs, très mal payées, sont pour un tiers des enfants de moins de 7 ans, que leurs parents ne peuvent envoyer à l’école faute de moyens.  

Du fait des conditions de travail très dures, l’absence totale de sécurité et le racket exercé par des policiers et factions armées, les femmes, quel que soit leur âge, sont particulièrement vulnérables. 

Au cours du XXème siècle, l’Église a approfondi sa doctrine spécifique au travail. Saint Jean XXI qualifiait ainsi l’exploitation de personnes dans des conditions indignes : “tout ce qui est offense à la dignité de l’homme, comme les conditions de vie sous-humaines, (…) ou encore les conditions de travail dégradantes qui réduisent les travailleurs au rang de purs instruments de rapport, sans égard pour leur personnalité libre et responsable : toutes ces pratiques et d’autres analogues sont, en vérité, infâmes. Tandis qu’elles corrompent la civilisation, elles déshonorent (…) ceux qui les subissent et insultent gravement à l’honneur du Créateur ». (Saint Jean XXIII, Mater et Magistra, 27,3) 

 

En 8 ans, près de 3000 enfants sortis des mines puis scolarisés  

Face à ces iniquités, de nombreux missionnaires se donnent sans compter pour tenter d’améliorer le quotidien des travailleurs. Les sœurs mènent à la fois un travail sur le plan institutionnel et sur le terrain. Les religieuses dialoguent avec les différentes organisations non gouvernementales et internationales ainsi que les ministères congolais. Petit à petit, ce travail commence à porter du fruit et la congrégation commence fait peu à peu entendre sa voix auprès des compagnies minières. À force d’acharnement, elles sont arrivées à arracher 3000 enfants de la mine pour les amener sur les bancs de l’école.  

 

Le souci des missionnaires pour le respect de la dignité de l’homme est une préoccupation véritablement missionnaire : « Quant au ferment évangélique, c’est lui qui a suscité et suscite dans le cœur humain une exigence incoercible de dignité. » (Saint Paul VI, Gaudium et Spes, 24,4). 

Mais la tâche est encore titanesque. La crise sanitaire mondiale est une difficulté supplémentaire, et la RDC subit actuellement une recrudescence des violences armées, notamment à Lubumbashi, non-loin de Kolwezi. Cela n’empêche pas les Sœurs du Bon Pasteur de garder l’espérance et à multiplier leurs efforts malgré des vents contraires.  

 

Sources :  

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