Méditation biblique du P. Dinh Anh Nhue Nguyen, OFMConv, Secrétaire général de l’Union Pontificale Missionnaire
Chaque semaine, le P. Dinh Anh Nhue Nguyen nous propose de méditer l’Évangile du dimanche dans une perspective missionnaire. Avec la parabole des dix jeunes filles, il nous invite cette semaine à vivre le présent avec sagesse, tournés vers le Seigneur qui vient.
Lectures du jour : Sg 6, 12-16 ; Ps 62 ; 1 Th 4, 13-18 ; Mt 25, 1-13
L’Évangile de ce dimanche nous présente la belle parabole des dix jeunes filles. On ne la trouve que chez saint Matthieu. C’est aussi la seule des cinq paraboles de sagesse des Évangiles qui soit explicitement liée au Royaume, dès sa première phrase : « Alors le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux » (Mt 25, 1).
1. « Le royaume des Cieux sera comparable… » : un récit tourné vers la fin et vers la sagesse
La première phrase de la parabole la place dans la perspective de la fin des temps : le Royaume « sera » comparable. C’est aussi le contexte de tout le passage. Notre texte se situe au milieu des enseignements de Jésus sur la fin : le discours de Mt 24, puis les paraboles des talents et du jugement dernier, qui tournent le regard vers le retour du Christ (Mt 25, 14-46).
La parabole est aussi un enseignement de sagesse. Dès le début, les dix jeunes filles sont réparties en deux groupes : cinq « insouciantes » et cinq « prévoyantes ». Ce n’est pas un détail. Ces deux mots reviennent tout au long du récit, jusqu’à devenir le nom même de chaque groupe. Nulle part ailleurs dans les Évangiles ils ne sont aussi concentrés : la parabole parle bien de la sagesse de vie.
En première lecture, les prévoyantes sont celles qui emportent de l’huile avec leur lampe, et les insouciantes celles qui l’oublient. Mais une lecture plus attentive montre que l’huile n’est qu’une expression de la sagesse. Les jeunes filles emportent de l’huile parce qu’elles sont sages, et non l’inverse. Leur sagesse est plus qu’un bon souvenir, et la folie des autres plus qu’un simple oubli.
En une ligne : est sage celui qui sait se tenir prêt pour la venue imprévisible de l’époux. Le texte appelle d’ailleurs les sages tantôt « les prévoyantes », tantôt « celles qui étaient prêtes ». Être prêt ne veut pas dire ne jamais dormir : toutes se sont endormies en attendant l’époux. La sagesse consiste à prévoir l’imprévisible, à être prêt au moment où l’époux arrive, pour entrer avec lui au banquet.
L’appel final, « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » (Mt 25, 13), n’invite donc pas à une attente angoissée où l’on sacrifierait le sommeil. Il invite à vivre le présent (emporter de l’huile) en vue d’un avenir certain (l’arrivée de l’époux), même si l’on n’en connaît pas les détails. Le message rejoint celui des sages de la Bible : vivre avec sagesse, ne pas envier les pécheurs, car il y a un avenir (cf. Pr 23, 17-18).
2. « Nos lampes s’éteignent » : pas d’huile, pas de fête !
Dans cette lecture sapientielle, la parabole oppose deux catégories de personnes : les insensés et les sages. On retrouve la même opposition dans une autre parabole de Jésus, celle des deux maisons, bâties sur le roc ou sur le sable (cf. Mt 7, 24-27 ; Lc 6, 47-49). Les deux récits décrivent deux avenirs différents, conséquences de deux comportements opposés. Ils sont aussi les seuls du Nouveau Testament à s’ouvrir, en grec, par le même « sera comparable » (Mt 7, 24.26 et 25, 1).
La comparaison éclaire notre texte : l’huile désigne la mise en pratique des paroles de Jésus. C’est aussi la perspective de saint Luc, qui reprend sans doute une tradition commune avec la fin de notre parabole :
« Lorsque le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : “Seigneur, ouvre-nous”, il vous répondra : “Je ne sais pas d’où vous êtes.” Alors vous vous mettrez à dire : “Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.” Il vous répondra : “Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.” » (Lc 13, 25-27)
L’huile n’est qu’un aspect de la sagesse, mais son importance saute aux yeux. Pour accompagner l’époux au banquet, il faut des lampes allumées. Et pour que les lampes restent allumées, il faut de l’huile. Pour les jeunes filles, donc : pas d’huile, pas de fête !
L’image de la lampe allumée revient souvent dans les paroles de Jésus. Elle désigne sans doute les œuvres du croyant, et symbolise l’empressement des disciples dans la vie de foi. Sans tomber dans une lecture moralisante, on peut aussi penser aux sages de la Bible : « La lumière des justes brille joyeusement, la lampe des méchants s’éteindra » (Pr 13, 9 ; cf. Jb 18, 5 ; Pr 24, 20). La lampe y est un symbole de la vie (cf. 2 S 21, 17).
Il est donc légitime de voir dans la lampe allumée des jeunes filles prévoyantes non seulement leur empressement, mais une sage préparation à la rencontre de l’époux par les bonnes œuvres. Cela correspond bien au contexte de la parabole.
3. « Veillez donc » : suivre le Christ, notre chemin de sagesse et de salut
À la lumière de tout cela, et au-delà des autres allusions au Christ (l’époux, le banquet), le Jésus de la parabole apparaît comme celui qui indique le chemin de la sagesse face à la fin. Il parle clairement d’une porte qui se ferme et de la possibilité de rester dehors. Il dénonce ainsi, de façon implicite mais forte, la folie de ceux qui ne savent pas vivre avec sagesse en vue de l’avenir certain qui les attend. Jésus est lui-même la Sagesse à chercher et à suivre.
L’insistance du Maître de Nazareth sur la sagesse résume ici la préoccupation des autres paraboles. Elle rejoint aussi la tradition apocalyptique d’Israël, qui souligne l’importance d’être sage à la fin des temps : savoir discerner le temps et accueillir le salut offert par Dieu. Les insensés, eux, se perdent, non pas à cause de Dieu, mais par leur propre folie.
Le texte emblématique est Dn 12, 3, qui promet aux sages (les maskilim) l’avenir splendide de la résurrection glorieuse. Is 35, 8, à l’inverse, exclut les insensés (les evilim) de la Voie sainte préparée par le Seigneur. Et dans le même chapitre de Daniel, l’intelligence des sages est soulignée au cœur de l’épreuve finale, tandis que les méchants ne comprennent pas et persistent dans leur folie.
Dans cette optique, chaque disciple-missionnaire du Seigneur est appelé à devenir toujours plus « sage » : à vivre tourné vers le Seigneur qui vient, pour pouvoir le rencontrer au bon moment. Ainsi, nous pourrons annoncer aux autres, en actes et en paroles, ce chemin de sagesse qu’est Jésus lui-même, et conduire chacun à la rencontre de la Sagesse divine en personne, qui « se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment, elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent » (Sg 6, 12 ; première lecture).
Qu’il en soit ainsi. Amen.
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