25/09/2026

Dimanche 27 septembre 2026 - 26e dimanche du TO : La mission de la conversion ; dire oui au Père avec sa vie.

Méditation biblique du P. Dinh Anh Nhue Nguyen, OFMConv, Secrétaire général de l'Union Pontificale Missionnaire.

Chaque dimanche ou solennité, le Père Dinh Anh Nhue Nguyen, OFMConv, secrétaire général de l’Union Pontificale Missionnaire à Rome, nous livre un commentaire biblique et missiologique des textes de la messe. Prions particulièrement en communion avec notre Saint-Père en visite apostolique en France, “pour que le monde ait la vie”.

Textes du 26 septembre 2026 : Ez 18,25-28; Ps 23; Ph 2,1-11; Mt 21,28-32

La liturgie du XXVIème Dimanche du Temps Ordinaire nous présente un épisode de l’évangile court mais extrêmement provocateur ; la parabole des deux fils appelés par le père pour travailler à la vigne. Le premier s’y refuse, puis se reprend et va à la vigne ; le second accepte tout de suite, mais n’y va pas. Jésus nous pose alors une question simple et décisive : « Lequel des deux a fait la volonté du père ?». Il ne suffit pas de dire « oui » avec les lèvres; il faut que notre oui devienne une réalité. Au début du mois missionnaire et alors que nous célébrons la mémoire de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, patronne des missions, cette Parole nous rappelle que la mission naît de la conversion et se réalise dans un amour concret.

1. «Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne»: la mission naît d’un appel.

La première chose qui nous touche dans la parabole est la simplicité de l’appel du père ; «Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne». Il ne s’agit pas d’un ordre impersonnel adressé à un employé, mais d’une parole adressée à un fils. Avant d’être appelé à travailler, il est appelé à vivre une relation filiale. La mission chrétienne naît précisément de cette relation ; nous sommes envoyés par ce que nous sommes des enfants, parce que nous appartenons au Père et parce que nous avons reçu du Christ la grâce de pouvoir participer à sa propre mission.

La vigne, dans la tradition biblique, illustre le peuple de Dieu et le projet de salut que Dieu réalise dans l’histoire. Entrer dans la vigne signifie donc collaborer à l’œuvre de Dieu, participer à sa volonté de réunir, de sauver et de sanctifier ses enfants. La mission n’est pas une activité que quelques chrétiens particulièrement généreux ajoutent dans leur vie ; elle appartient à l’identité même du disciple. Le Père continue encore aujourd’hui à sortir et à appeler ; il appelle des prêtres, des consacrés, des missionnaires, des familles, des jeunes, des anciens, des laïcs et des communautés entières. Il appelle chacun selon sa propre vocation et selon les dons reçus.

La question fondamentale alors n’est pas seulement ; « Que dois-je faire ? » mais « Comment dois-je répondre à l’appel du Père ? ». Nous pouvons nous trouver dans la situation du premier fils, qui dit d’abord « Je ne veux pas » mais qui se convertit et y va. C’est peut-être l’image de tant de personnes qui ont découvert leur propre faiblesse, leur propres résistances, et leur propres péchés, mais qui ont eu le courage de changer de chemin. Dieu ne méprise pas notre « non » quand cela devient le point de départ d’une conversion authentique. Le Seigneur est capable de transformer aussi une résistance initiale en un « oui » vécu.

C’est particulièrement important pour la mission. La mission n’exige pas d’être parfait, sans fragilité ou sans passé ; elle exige des personnes ouvertes à se laisser convertir par le Seigneur. Le véritable missionnaire n’est pas celui qui peut dire; «J’ai toujours dit oui » mais celui qui, même après avoir expérimenté sa propre faiblesse, peut dire ; « Seigneur me voici ; aujourd’hui je veux allez dans ta vigne ».

2. «Je ne veux pas. Mais ensuite, s’étant repenti…»: la véritable obéissance passe par la conversion.

Le premier fils nous offre ainsi une seconde leçon ; le « oui » le plus authentique n’est pas forcément celui prononcé en premier, mais celui qui à la fin devient réalité. Il dit ; « Je ne veux pas, mais ensuite, repenti, il y alla ». Dans le texte de l’Evangile, le verbe indique un changement intérieur, une conversion. Il reconsidère sa propre position et décide d’accomplir la volonté du Père.

Ici nous trouvons un thème central de la mission ; la conversion du missionnaire précède et accompagne la mission vers les autres. Nous ne pouvons pas annoncer de manière efficace la conversion si nous ne sommes pas nous-mêmes disposés à une conversion permanente. La mission ne consiste pas simplement à apporter la Parole de Dieu aux autres, mais à témoigner par notre vie que l’Evangile peut vraiment transformer une personne. Le missionnaire est d’abord un homme ou une femme qui se laisse convertir en permanence par l’Evangile qu’il annonce.

C’est pour cela que Jésus prononce des paroles surprenantes ; «les publicains et les prostituées
vous précèdent dans le royaume de Dieu». Il n’encourage bien sûr pas le péché, mais il met sous les yeux de ses interlocuteurs le mystère de la conversion. Ceux qui étaient considérés comme lointains ont cru à la prédication de Jésus et ils ont changé de vie ; ceux qui se considéraient comme proches, en revanche, ont écouté et n’ont pas voulu se convertir. La question n’est donc pas d’être loin ou proche; la question est d’accueillir ou de refuser la grâce de la conversion.

Même cela a une grande importance missionnaire. L’Eglise est envoyés à tous, surtout à ceux qui se sentent loin, exclus, oubliés ou indignes. Le missionnaire ne peut pas construire de murs sur les fondations du passé des personnes. Il doit leur annoncer que le Père continue à les appeler, et que la porte de sa vigne est toujours ouverte. L’Evangile d’aujourd’hui nous demande aussi de changer notre regard ; de ne pas classer les personnes selon ce qu’elles ont été, mais de reconnaître ce que la grâce de Dieu peut faire pour eux.

En ce sens, la mission est toujours une œuvre d’espérance. Personne ne peut être considéré comme définitivement perdu. Tant qu’une personne peut écouter la Parole du Père, elle peut encore dire son propre « oui ». Et note devoir de missionnaire est justement d’aider ces personnes à reconnaître cette voix, à accueillir la miséricorde de Dieu et à se mettre en chemin.

3. Avec la petite Sainte Thérèse, entrer dans la vigne par l’amour.

La parabole des deux fils prend une lumière particulière au début du mois missionnaire et à la veille de la fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Thérèse de Lisieux nous apprend que travailler dans la vigne du Père ne signifie pas nécessairement accomplir de grandes œuvres visibles aux yeux de tous les hommes. Sa mission s’est réalisée dans la petitesse, dans la vie cachée, dans la prière, dans la sacrifice quotidien et surtout dans l’amour. C’est pour cela qu’elle a été proclamée patronne des missions avec Saint François Xavier ; elle a compris que la mission de l’Eglise ne vit pas seulement des actions externes, mais de la sainteté de l’amour par lequel chaque membre du Corps du Christ participe à l’œuvre d’évangélisation.

A la lumière de l’Evangile de ce jour, nous pourrons dire que Thérèse ne s’est pas limitée à dire au Père ; « Oui, je vais à ta vigne ». Elle a cherché à transformer toute sa vie en un « OUI » concret, quotidien et caché. Sa vocation missionnaire naît de la conscience que chaque petit acte d’amour, uni à l’amour du Christ, peut participer au salut du monde. C’est une mission qui ne se mesure pas en quantité d’activité accomplie, ni selon des résultats visibles, mais selon la profondeur de l’amour.  

Cela nous aide à comprendre aussi le sens du mois missionnaire qui va commencer. En octobre 2026 l’Eglise célèbre la 100ème  Journée Mondiale des Missions, et le pape Léon XIV a choisi comme thème ; « Un dans le Christ, unis dans la mission”.  Son message rappelle l’union avec le Christ comme source de la fécondité missionnaire et il insiste sur la nécéssité de communautés réconcilées et d’une collaboration généreuse et confiante dasn l’oeuvre d’évangélisation. La misison, donc, n’est pas le travail de quelques spécialistes, mais une responsabilité partagée par tout le Peuple de Dieu. Être « un dans le Christ » conduit nécessairement à être « unis dans la mission ».

L’Evangile des deux fils nous rappelle aussi que cette unité missionnaire ne doit pas rester seulement une intention. Là aussi il est nécessaire de passer des paroles aux actes. Nous pouvons dire beaucoup de belles choses sur la mission et parler de l’évangélisation, mais la demande de Jésus est toujours la même ; « Qui a accompli la volonté du Père ? ». Le mois missionnaire devient alors un temps privilégié pour vérifier notre « oui » ; est-ce que notre foi se traduit réellement par l’amour, par la prière, par le témoignage, par la disponibilité, par le partage et par la collaboration avec la mission de l’Eglise ?

La petite Sainte Thérèse nous apprend que même une vie apparemment modeste peut devenir grande dans la mission lorsqu’elle est habitée par l’amour. Et c’est vraiment un des plus beaux messages que nous devons garder avec nous en entrant dans le mois missionnaire, personne n’est trop faible pour ne pas offrir quelque chose, personne n’est arrivé trop tard pour ne pas répondre à l’appel. Ce que le Seigneur attend c’est un cœur qui, après avoir écouté sa voix, est disposé à se convertir et à dire et agir :  « Oui Père, j’y vais ».

Au début de ce mois missionnaire, nous demandons au Seigneur la grâce de ne pas être des chrétiens seulement en paroles, mais dans notre vie ; pas seulement des personnes qui disent oui avec les lèvres, mais des disciples qui entrent vraiment dans Sa vigne. Nous demandons la grâce de nous convertir chaque jour, d’accueillir dans l’Eglise ceux qui reviennent au Seigneur, de ne pas nous décourager devant nos faiblesses et de reconnaître que la mission appartient à tous, Et avec Sainte Thérèse, nous apprenons à faire de l’amour notre chemin missionnaire pour que, tout en étant vraiment « un dans le Christ » nous puissions être aussi « unis dans la mission » et contribuer, chacun selon sa propre vocation et ses propres dons, à la grande œuvre de l’évangélisation. Amen.

Télécharger l’homélie et les notes

En communion avec tous ceux qui sont à Lourdes ce dimanche avec le pape Léon XIV !

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