01/08/2026

Dimanche 2 août 2026, 18e dimanche du TO - Le pain divin sur le chemin et l’Eucharistie célébrée

Méditation biblique du P. Dinh Anh Nhue Nguyen, OFMConv, Secrétaire général de l'Union Pontificale Missionnaire.

Chaque dimanche ou solennité, le Père Anh Nhue Nguyen, secrétaire général de l’Union Pontificale Missionnaire à Rome, nous livre un commentaire biblique et missiologique des textes de la messe.

Textes du 2 août 2026

En ce temps de vacances, la Parole de Dieu de ce dimanche nous fait réécouter le récit de la multiplication des pains selon saint Matthieu, afin de rappeler à chacun de nous ce don divin suprême : la véritable nourriture qui nous accompagne et nous soutient toujours sur le chemin de la vie, même durant les jours de notre repos estival. En méditant l’Évangile de ce jour, nous pouvons nous arrêter sur trois aspects intéressants dans une perspective missionnaire, en suivant le fil logique de certains détails caractéristiques du récit évangélique.

1. Le contexte « missionnaire » de la multiplication des pains

Le récit de la multiplication des pains se trouve dans les quatre Évangiles (signe d’une ancienne tradition commune) et représente une sorte d’« anticipation » de l’institution de l’Eucharistie par Jésus lors de la Dernière Cène, comme le suggèrent les évangélistes eux-mêmes. Tout l’événement s’inscrit dans le contexte de la mission de prédication et de guérison de Jésus. Comme le souligne saint Matthieu au début du récit, Jésus avait prévu un temps pour se retirer « à l’écart », laissant entendre que ce retrait se ferait avec les apôtres. Cependant, devant les foules qui « le suivirent », Il renonça à son propre repos. Bien plus, « il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades ». À cet égard, les paroles du prophète de Dieu, plein de zèle pour le salut du peuple, me viennent à l’esprit : « Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas, et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse que sa justice ne paraisse dans la clarté, et son salut comme une torche qui brûle » (Is 62,1). Ce sont des paroles qui trouvent maintenant leur plein accomplissement en Jésus.

2. Le pain « complet » offert par Jésus

La mission d’annoncer l’Évangile, même au moment « inopportun », pour reprendre l’expression de saint Paul, continue donc, malgré la fatigue physique. La multiplication des pains s’inscrit donc dans ce contexte de la mission inlassable de Jésus pour le Royaume de Dieu. Et tout commence par le beau geste de l’accueil, signe d’un amour sans limites, jusqu’à s’oublier pour servir les autres. À tel point que le passage parallèle de l’Évangile de Marc explicite, comme saint Matthieu, qu’à ce moment-là, « Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement » (Mc 6,34).

De plus, comme le souligne le récit lucanien, avant de nourrir le peuple avec du pain, Jésus leur avait enseigné les choses de Dieu jusqu’au soir ! Ainsi, en ce jour mémorable, le pain qu’Il a partagé avec la foule n’était pas seulement le pain physique de l’orge ou du blé, mais aussi et surtout celui de la Parole de Dieu. Jésus a offert le soin « complet » pour le peuple, se donnant tout entier dans la mission.

Il en va de même pour le « pain eucharistique » que Jésus offre avec l’institution de l’Eucharistie, lorsque son « heure » est venue. Ce sera le pain de son corps et le sang de sa chair « pour la vie du monde » (Jn 6,51), mais en même temps ce sera aussi le pain de  son enseignement, Lui qui est la Parole de Dieu, qui a les « paroles de la vie éternelle », comme nous le voyons dans le long discours eucharistique de Jésus après la multiplication des pains dans l’Évangile de Jean (cf. Jn 6,26-58.68). C’est le pain « complet » que Jésus offre avec amour pour le salut du monde.

3. Le pain de Jésus et la mission de la communauté des fidèles

En revenant au récit évangélique de la multiplication des pains, nous constatons que la mission de Jésus était partagée avec les apôtres. Ces derniers, qui coopéraient déjà avec Jésus dans la proclamation du Royaume et le soin des malades, seraient également appelés à coopérer au miracle du pain à la fin de la journée. En effet, lorsqu’ils voulurent renvoyer la foule afin qu’elle puisse « trouver de la nourriture », « Mais il leur dit : ” Donnez-leur vous-mêmes à manger “». Plus important encore, ce seront précisément les disciples qui recevront de Jésus les pains et les poissons pour les distribuer à la foule. Enfin, l’indication selon laquelle « On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins. », on peut deviner que ce seront ces disciples qui les auront recueillis (comme l’explicite l’Évangile de Jean [cf. Jn 6, 12-13]). 

Comme lors de la multiplication des pains, Jésus a également impliqué ses disciples dans le Mystère eucharistique en leur donnant le commandement explicite : « Faites cela en mémoire de moi ». En effet, cette recommandation est répétée deux fois dans le récit de saint Paul, à la fois après les paroles sur le pain et après celles sur le vin. Dans cette perspective, saint Paul conclut son récit concis par une observation précieuse sur la dimension de l’annonce du Christ qui va de pair avec la participation à l’Eucharistie : « chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Co 11,26).

Et voici une belle réflexion de Benoît XVI concernant précisément l’Eucharistie et la mission de la communauté des fidèles :

En effet, nous ne pouvons garder pour nous l’amour que nous célébrons dans ce Sacrement [de l’Eucharistie]. Il demande de par sa nature d’être communiqué à tous. Ce dont le monde a besoin, c’est de l’amour de Dieu, c’est de rencontrer le Christ et de croire en lui. C’est pourquoi l’Eucharistie n’est pas seulement source et sommet de la vie de l’Église ; elle est aussi source et sommet de sa mission : « Une Église authentiquement eucharistique est une Église missionnaire ». Nous aussi, nous devons pouvoir dire à nos frères avec conviction : « Ce que nous avons contemplé, ce que nous avons entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous » (1 Jn 1,3). En réalité, il n’y a rien de plus beau que de rencontrer le Christ et de le communiquer à tous. L’institution même de l’Eucharistie, du reste, anticipe ce qui constitue le cœur de la mission de Jésus : Il est l’Envoyé du Père pour la rédemption du monde (cf. Jn 3,16-17; Rm 8,32). Au cours de la dernière Cène, Jésus confie à ses disciples le Sacrement qui actualise le sacrifice qu’il a fait de lui-même par obéissance au Père pour notre salut à tous. Nous ne pouvons nous approcher de la Table eucharistique sans nous laisser entraîner dans le mouvement de la mission qui, prenant naissance dans le Cœur même de Dieu, veut rejoindre tous les hommes. La tension missionnaire est donc constitutive de la forme eucharistique de l’existence chrétienne. (Sacramentum Caritatis 84).

Dans la perspective de la déclaration de Saint Paul aux Corinthiens dans la deuxième lecture, il convient de rappeler l’importante clarification du Pape sur la nature de la proclamation chrétienne qui part de la participation au Mystère eucharistique :

Souligner le rapport intrinsèque entre Eucharistie et mission nous fait aussi redécouvrir le contenu ultime de notre annonce. Plus l’amour pour l’Eucharistie sera vivant dans le cœur du peuple chrétien, plus le devoir de la mission sera clair pour lui : porter le Christ. Ce n’est ni une idée ni un commandement moral inspiré par Lui, mais c’est le don de sa propre Personne. Celui qui ne communique pas la vérité de l’Amour à son frère n’a pas encore donné assez. En tant que sacrement de notre salut, l’Eucharistie nous renvoie ainsi inévitablement au caractère unique du Christ et du salut qu’il a accompli au prix de son sang. Par conséquent, du Mystère eucharistique, auquel on croit et que l’on célèbre, naît l’exigence d’éduquer constamment tout le monde au travail missionnaire dont le centre est l’annonce de Jésus, unique Sauveur. (238) Cela évitera de réduire à un aspect purement sociologique l’œuvre déterminante de promotion humaine, qui est toujours impliquée dans tout processus authentique d’évangélisation. (Sacramentum Caritatis 86).

Enfin, une autre réflexion du Pontife, dans le même document, sur la salutation d’adieu à la fin de la célébration eucharistique, nous sera également utile :

Après la bénédiction, le diacre ou le prêtre renvoie le peuple avec les paroles : Ite, missa est. Dans ce salut, il nous est donné de comprendre le rapport entre la Messe célébrée et la mission chrétienne dans le monde. Dans l’Antiquité, « missa » signifiait tout simplement « envoi » (dimissio). Dans l’usage chrétien, ce mot a trouvé une signification bien plus profonde. En réalité, l’expression « envoi » se transforme en « mission ». Ce salut exprime de manière synthétique la nature missionnaire de l’Église. (Sacramentum Caritatis 51)

Prions donc, en conclusion, pour que, comme l’a exprimé le Pape Benoît XVI, « Par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, que l’Esprit Saint allume en nous la même ardeur dont les disciples d’Emmaüs firent l’expérience (cf. Lc 24,13-35) et qu’il renouvelle dans notre vie l’émerveillement eucharistique pour la splendeur et la beauté qui resplendissent dans le rite liturgique, signe efficace de la beauté infinie elle-même du saint mystère de Dieu » (Sacramentum Caritatis 97). Prions pour que nous puissions tous accueillir toujours avec joie et gratitude le don du Pain « complet » que Jésus nous offre dans chaque célébration eucharistique, le Pain de sa Parole et de son Corps et de son Sang, afin de le partager avec les autres dans notre vie, en proclamant la mort et la résurrection du Seigneur, « jusqu’à ce qu’il vienne ».

Télécharger l’homélie et les notes

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