Méditation biblique du P. Dinh Anh Nhue Nguyen, OFMConv, Secrétaire général de l’Union Pontificale Missionnaire
Chaque semaine, le P. Dinh Anh Nhue Nguyen nous propose de méditer l’Évangile du dimanche dans une perspective missionnaire. En cette fête de la Toussaint, il nous invite à relire les Béatitudes comme le chemin de sainteté proposé à chaque disciple, dans le sillage du 100e Dimanche des Missions.
Lectures du jour : Ap 7, 2-4.9-14 ; Ps 23 ; 1 Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12a
En la solennité de la Toussaint, l’Église nous invite à contempler la multitude de ceux qui ont atteint la plénitude de la vie en Dieu. L’Évangile des Béatitudes nous montre le chemin de la sainteté : il révèle le visage même de Jésus et indique le style de vie de ses disciples. Dans les saints, nous reconnaissons ceux qui, en se laissant transformer par la grâce, ont vécu l’Évangile dans les circonstances concrètes de leur existence.
Arrêtons-nous sur trois aspects des Béatitudes, pour en approfondir le sens et accueillir plus pleinement notre appel à la sainteté.
1. « Voyant les foules, Jésus gravit la montagne » : une scène majestueuse
Saint Matthieu entoure la proclamation des Béatitudes d’une atmosphère solennelle. Chaque auditeur est invité à entrer dans « ce temps », à percevoir la grandeur du moment où Jésus prend la parole, puis à vivre cet enseignement avec révérence et gratitude.
Le lieu, d’abord : la montagne. Elle rappelle immédiatement le mont Sinaï, où Dieu a donné la Torah par l’intermédiaire de Moïse. On traduit souvent ce mot par « la Loi », mais la Torah n’est pas seulement un ensemble de commandements : c’est d’abord et surtout l’ensemble des enseignements divins à suivre. Sur la montagne, Jésus se présente comme le nouveau Moïse, par qui Dieu donne la Torah de la nouvelle Alliance.
C’est pourquoi on appelle ce passage le « Discours sur la montagne », et qu’on le considère comme la Constitution du Royaume de Dieu, dont Jésus annonce la venue au début de son ministère public. C’est son premier grand enseignement dans l’Évangile de Matthieu, premier dans l’ordre du récit comme en importance.
La position de Jésus renforce encore cette solennité : « Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui ». S’asseoir, entouré de ses disciples, c’est la position du maître, du rabbin, qui enseigne la Loi divine. Même la manière de prendre la parole est soulignée : « ouvrant la bouche, il les enseignait ». Là où un simple « il les enseignait » aurait suffi, l’évangéliste choisit cette redondance solennelle.
Gardons cette scène majestueuse à l’esprit : elle nous aide à accueillir les Béatitudes comme le cœur de l’Évangile, la Bonne Nouvelle que Jésus annonce avec une autorité divine.
2. « Heureux les pauvres de cœur » : le cœur de la Bonne Nouvelle
Le premier discours de Jésus dans l’Évangile de Matthieu s’ouvre sur huit Béatitudes proclamées à la troisième personne (« Heureux les pauvres…, car… est à eux »). Une dernière béatitude s’adresse ensuite directement aux auditeurs : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte… ».
On pourrait méditer longuement chacune d’elles. Arrêtons-nous sur celle qui occupe la première place : la béatitude des pauvres. Elle est le cœur de la Bonne Nouvelle que Jésus apporte au monde, en particulier aux « pauvres », accomplissant ainsi sa mission d’évangéliser : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ».
Les pauvres de cœur sont les premiers destinataires du Royaume. Comme le précise l’évangéliste, il ne s’agit pas seulement de pauvreté matérielle, mais d’une attitude intérieure. Les pauvres sont ceux qui n’ont aucun appui ni aucune sécurité dans la vie, sinon Dieu lui-même. Malgré la précarité, les épreuves et les oppressions, ils continuent à mettre toute leur confiance en Dieu qui sauve. Dans cette perspective, les pauvres de cœur rassemblent toutes les figures des Béatitudes qui suivent.
D’un côté, ce sont ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif de la justice, ceux qui sont persécutés pour la justice de Dieu. Ils sont « heureux » au sens hébraïque du mot. Non que la misère, les larmes, la faim, la soif ou la persécution soient bonnes en elles-mêmes : mais dans ces situations, Dieu s’approche d’eux avec une grâce particulière, pour leur donner le bonheur de son Royaume, c’est-à-dire sa présence aimante qui sauve.
De l’autre côté, les pauvres de cœur sont aussi les doux et les humbles, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix. Ce sont les traits de ceux que l’Ancien Testament appelle les anawim, les « pauvres de Dieu ». Ils forment « un peuple pauvre et petit », destinataire privilégié du salut à la fin des temps (cf. So 2, 3 ; 3, 12-13). Proclamer qu’ils sont heureux, c’est donc aussi nous inviter, implicitement, à nous convertir à ces valeurs pour accueillir le Royaume.
3. « Il s’est fait pauvre à cause de vous » : suivre Jésus, le Saint de Dieu
Jésus lui-même, rappelle saint Paul, s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté : « Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2 Co 8, 9).
Jésus est donc le premier « heureux », le premier « pauvre de Dieu », « le Saint de Dieu » (cf. Jn 6, 69). On peut reconnaître son visage dans chacune des figures des Béatitudes. Le chemin des Béatitudes n’est donc pas une simple liste de valeurs sociales ou morales, aussi justes soient-elles. Il consiste à suivre une personne : Jésus, Dieu fait homme, l’Homme des Béatitudes, « qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption » (1 Co 1, 30).
Ainsi, nous devenons à notre tour des hommes et des femmes des Béatitudes, qui les vivent et les transmettent aux autres, proches comme lointains, à l’image de tous les saints de l’Église que nous fêtons aujourd’hui.
Prions
Continuons à prier pour notre conversion et celle de tous au Royaume de Dieu et à son Évangile des Béatitudes :
Ô Seigneur, fais-nous sentir ton cœur tout épris du Royaume de Dieu, ainsi que ton invitation cordiale à la conversion à ton Évangile de paix et d’amour. Aide-nous à vivre constamment cette conversion dans nos vies, afin que nous-mêmes, avec Toi et en Toi, devenions l’invitation vivante, en paroles et en actes, à la conversion au Royaume pour ceux qui ne Te connaissent pas. Et dans notre mission d’être tes témoins et ceux de ton Royaume, aide-nous, tes disciples, à être toujours plus unis dans ton amour, en surmontant les divisions qui existent dans nos Églises et nos communautés. Fais briller ton visage sur nous, et nous serons sauvés et resplendissants de ta Lumière pour le monde entier.
Marie, mère du Christ et mère de ses disciples, priez pour nous ! Tous les saints de Dieu, priez pour nous ! Amen !