Elle interprète l’un des chants du spectacle Bernadette de Lourdes. Autour d’elle, des personnes malades sont assises dans leurs fauteuils, au milieu du sanctuaire. La scène est brève, dépouillée, tout entière traversée par la fragilité. Elle dit pourtant l’essentiel de cette journée : à Lourdes, les plus vulnérables sont le cœur de l’Église.
Le 27 septembre, pour sa visite au sanctuaire marial, le pape a rencontré une foule de 200 000 pèlerins venus de France et du monde entier. À la messe, il a salué « le visage universel de l’Église », celui de pèlerins qui ont franchi des frontières et apporté jusqu’à la grotte leurs joies comme leurs fardeaux.
Quel bonheur d’être ensemble, un seul cœur, une seule famille !
a-t-il lancé.
Les pauvres et les malades, le trésor de l’Église
Si tous les chemins mènent à Rome, beaucoup conduisent aussi à Lourdes. On vient y prier, y demander une guérison, parfois y chercher simplement une présence. Malades, personnes handicapées, familles éprouvées, migrants et blessés de la vie y trouvent un accueil où leur vulnérabilité n’a ni à se cacher ni à se justifier. Ce qui manque parfois, souvent, ailleurs, le sanctuaire tente de l’offrir : du temps, de l’attention, une humanité qui ne détourne pas le regard.
Cette hospitalité a donné son sens à la rencontre du pape avec les malades et les accompagnateurs de l’Accueil Notre-Dame. «Ici, la fragilité n’est pas cachée, elle devient le lieu d’une rencontre sacrée», a-t-il affirmé. Et aux personnes souffrantes, il a adressé une parole sans détour : « Vous n’êtes pas un poids, vous êtes le cœur battant de notre humanité et un trésor précieux pour l’Église. »
Le mot de « trésor » n’est pas anodin. Saint Laurent, selon la tradition, désignait les pauvres comme le trésor de l’Église. À Lourdes, ce trésor se donne à voir dans les corps éprouvés, mais aussi chez tous ceux qui se reconnaissent pauvres, mendiants de la grâce, parfois révoltés par la maladie ou les injustices. Léon XIV a honoré cette présence tout au long de sa visite. À la grotte de Massabielle, il a défendu la dignité de la vie face à la maladie, à la souffrance et au grand âge. « Ici, aucune fragilité n’est rejetée », a-t-il déclaré lors de la messe. Les béquilles, les fauteuils roulants et les larmes cachées ne sont pas des obstacles à la rencontre : ils sont, a-t-il dit, le lieu où chacun peut être accueilli et respecté. Et Lourdes est une « profession de foi en la beauté et la sacralité de la vie. »
À l’Accueil Notre-Dame, Léon XIV a appelé les soignants à
veiller sur la personne souffrante et non pas [à] la supprimer.
Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral
a-t-il ajouté, en exhortant à développer les soins palliatifs et la recherche, et à accompagner les malades avec tendresse. Les médecins, infirmiers, brancardiers, aumôniers et bénévoles, a-t-il rappelé, soignent les corps et « pansent aussi les âmes ». Le débat sur la fin de vie, déjà évoqué par le pape devant les Évêques de France, s’inscrit dans une réflexion plus large sur la liberté, la souffrance et la responsabilité collective. Mais à Lourdes, le propos s’est incarné dans les gestes de l’accueil et dans la présence auprès des malades. La dignité, a rappelé Léon XIV, ne dépend ni de l’autonomie ni de l’état de santé ; elle appartient à chaque personne, du seul fait qu’elle existe.
Reconnaître ses torts, panser ses blessures
Aux Évêques, le pape a demandé de ne pas se laisser décourager par les erreurs et les chutes qui ont marqué l’histoire de l’Église. Il les a exhortés à reconnaître les fautes « dans l’amour de la Vérité », à panser les blessures avec la charité du Bon Pasteur, puis à « ne [pas] se lasser d’annoncer l’Évangile ».
La journée a également été marquée par une rencontre à huis clos avec sept personnes victimes d’abus commis par des membres du clergé et de l’Église de France. À la Maison épiscopale de Lourdes, Léon XIV a écouté individuellement leurs récits, leur douleur et leurs propositions pour que de tels faits ne se reproduisent pas, a communiqué la Salle de Presse du Saint-Siège. Le pape a prié avec quelques-unes d’entre elles, puis a remercié le groupe pour ce témoignage douloureux et réaffirmé son engagement à empêcher que d’autres subissent les mêmes violences. Il a exprimé sa solidarité envers les victimes et, à travers elles, envers toute personne qui porte encore les séquelles des abus, en formulant le vœu que la communauté des fidèles devienne de plus en plus un lieu de réconfort et de guérison.
La lumière fragile
Le soir, la procession aux flambeaux a rassemblé pèlerins et malades dans une même marche. La lumière avançait de main en main, portée par ceux qui pouvaient marcher et par ceux que d’autres accompagnaient.
« Cette lumière qui nous guide et nous attire, c’est celle de l’espérance qui ne nous quitte jamais »
a dit Léon XIV, évoquant une existence traversée d’épreuves mais « déjà habitée de la joie de se savoir enfants de Dieu ». Les personnes malades, a-t-il ajouté, sont les « témoins privilégiés » de cette transfiguration par la foi et l’amour. « Il faut venir ici faire cette procession avec vous, chers malades, pour en ressentir toute la réalité. » Puis il a repris les mots de Pie XII : « Jamais, en un lieu de la terre, on n’a vu pareil cortège de souffrances ; jamais pareil rayonnement de paix, de sérénité et de joie. » À Lourdes, même dans la nuit, la fragilité ne disparaît pas. Elle avance au rythme de la prière, éclairée par la fragile lumière flambeaux.
Marie-Lucile Kubacki, agence Fides
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