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20 avril 2018

Parler de prêtre missionnaire ! Un pléonasme

pretre missionnaire

• Pouvez-vous nous parler de votre vocation de prêtre missionnaire?

Don-Stefano-Cascio,

N’est-ce pas un pléonasme que de parler de «  prêtre  missionnaire » ?

Je suis convaincu, en vertu de notre baptême, que nous sommes tous appelés à être  missionnaires. Cela fait partie de « nos tripes ». Je ne puis m’enfermer dans ma petite communauté... c’est malheureusement le cas de nombreuses paroisses européennes qui se meurent lentement. Le Pape François affirme : « je ne puis me contenter de l’unique brebis qui est dans l’enclos quand les 99 autres sont dehors !» renversant ainsi la parabole de la brebis perdue. J’ai décidé d’entrer au séminaire  après l’invitation de Jean Paul II à « aller au large ». Je n’aurai jamais pu rester  assis sur le ponton à observer le paysage,  il me fallait risquer, ne pas avoir peur de laisser le gouvernail de ma vie au Seigneur et me laisser guider vers les eaux plus profondes et plus belles !

Je ne pense pas « qu’être missionnaire » soit un état mais un esprit, une façon de vivre, je ne suis pas esclave de ma mission mais porté par elle.

• Que retenez-vous de votre formation au séminaire et de sa mise en œuvre dans l’évangélisation au quotidien?

Je viens d’une formation classique au Grand Séminaire Pontifical Romain, nous étions 120 séminaristes et mon impression était d’être dans une « usine à prêtres », un désert  pour moi. Mais si le désert est l’image de la terre hostile, il a une  valeur pédagogique. C’est donc dans ce désert que je devais me confronter avec moi-même, comprendre l’appel,  lutter contre mes démons pour mieux suivre le Seigneur.

Les paroisses européennes sont souvent fatiguées parce qu’elles n’ont plus de passion pour le Christ, c’est la foi qui nous manque. 

Ce lieu me  permettait de prendre des habitudes de prières nécessaires au sacerdoce et qui sont devenues le fondement de toutes  actions pastorales. C’est ainsi que j’ai voulu recréer, dès le début  de mon action pastorale, les temps de prière que la communauté  du séminaire offrait : laudes avec les fidèles, milieu du jour avec mes prêtres collaborateurs, une chapelle dédiée à l’adoration ouverte tous les jours pendant douze heures, avec l’objectif de la rendre perpétuelle. Le séminaire m’a donc poussé à trouver la base de mon sacerdoce dès le début de ma mission :  la prière.

• Qu’avez-vous découvert d’heureux et de peut-être douloureux dans la réalité de la mission?

Les paroisses européennes sont souvent fatiguées parce qu’elles n’ont plus de passion pour le Christ, c’est la foi qui nous manque. La mission,  elle est donc aussi ici, dans le cœur de la chrétienté, à Rome ! Comment peut-on mesurer la Foi ? Comme il n’y a pas d’amour mais seulement des preuves d’amour, il n’y a pas de foi mais seulement des preuves de foi. Quelle preuve ? Une vie risquée à la suite du Christ. Une vie qui perd sens si le Christ n’est pas le Chemin, la Vérité et la Vie. Bâtir la famille de Dieu vous oblige à être attentif à tous : de la préparation du baptême jusqu’aux funérailles.

• Quels conseils donneriez-vous à un jeune séminariste?

Le Christ lui-même ne s’est jamais donné le titre de grand prêtre. Il s’est désigné comme le Serviteur et le Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis: il pouvait dès lors manifester son ministère  sacerdotal dans son originalité propre. A l’image du Christ, Pierre devient par excellence le Pasteur du troupeau.  Il se trouve conformé au Christ et il imite son maître jusque dans la mort. C’est ce qui doit habiter le cœur d’un séminariste :  la volonté de servir. Ce n’est pas toi l’évangélisateur mais tu évangélises par le Christ. Si la mission ne t’appartient pas mais elle t’est confiée par l’Église, tu seras un homme libre qui donne sa vie au Christ : sois libre et donnes-toi !

Don Stefano Cascio - Parrocchia San Bonaventura da Bagnoregio (Roma)

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