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30 mars 2021

Haïti - Comment bâtir le Royaume de Dieu ?

Le père Benjamin Osio est membre de la Congrégation du Saint-Esprit. Depuis sept ans, il vit à Port-au-Prince, capitale d’un pays encore meurtri par le séisme de 2010. Architecte de formation, il est entré dans la vie religieuse il y a une vingtaine d’années, à l’âge 28 ans. Interview d’un bâtisseur...

Comment êtes-vous devenu missionnaire ?  

Ma vocation remonte à mes 18 ans, quand l’héritage spirituel reçu de mes parents est devenu une conviction personnelle. Ce fut une rencontre décisive avec un Dieu vivant qui a ouvert devant moi une large fenêtre sur le monde et sa diversité.  Après mes études, j’ai poussé la porte des spiritains. J’ai souhaité rejoindre une congrégation dans laquelle je pourrais vivre en communauté, aller à la rencontre des plus pauvres et pratiquer ma profession. Après quelques années en Afrique de l’Est, j’ai rejoint il y a 7 ans, en Haïti, une quinzaine de confrères engagés dans quatre paroisses, plusieurs écoles et une maison de formation à la vie religieuse.   

Comment se transmet l’Évangile en Haïti ?  

En Haïti, il y a beaucoup d’instabilité, de pauvreté et d’insalubrité, donc beaucoup de souffrance. Mais les relations humaines apportent une vraie joie. Elles sont plus spontanées que dans des pays plus riches ! Nous essayons de rendre l’Évangile tangible dans la vie des gens par ces relations mais aussi au travers d’actions bien concrètes. Pour ma part, je supervise le long projet de reconstruction du collège Saint-Martial de Port-au-Prince, détruit par le terrible séisme de 2010. Les travaux dureront au moins jusqu’en 2025 !  

Vivre l’Évangile c’est aussi, par exemple, écouter et aider les parents qui se sacrifient pour offrir un avenir à leurs enfants, en les plaçant dans notre école.  

Finalement, c’est accueillir la vie telle qu’elle est et toujours aller de l’avant. C’est ce que vivent les Haïtiens, qui, malgré les difficultés, gardent foi en l’avenir !  

Quels sont selon vous les enjeux de la mission universelle dans ce pays ?  

Si l’Église d’Haïti a la chance de compter de nombreux fidèles, elle est appelée à faire de l’Évangile un vecteur de transformation de la vie des gens. La foi n’est pas seulement une affaire de dévotion personnelle. Elle doit permettre aux hommes et aux femmes convaincus et inspirés par l’Esprit Saint de construire un monde dans lequel chacun trouve sa place. Le Royaume de Dieu commence ici-bas ! En ce sens, le Pape François nous invite, dans Fratelli tutti, à une plus forte communion fraternelle : « comme communauté mondiale, nous sommes solidaires les uns des autres, car il n’est possible de se sauver qu’ensemble » (n°32).  

Étant attaché à l’Église universelle, je crois en une communion ecclésiale par la prière et de solidarité qui dépasse les limites de l’espace. Il y a une réciprocité entre les anciens pays de mission et l’Europe, car ils lui envoient à leur tour des missionnaires ! Cette réciprocité est très précieuse, et il est important de la maintenir. Cela peut se faire par l’envoi de religieux, de religieuses ou également de volontaires internationaux.  

Le père Osio et la jeunesse spiritaine

 

Quel message voudriez-vous nous adresser ?  

Je souhaite à tous et toutes de garder la confiance en eux-mêmes, en l’Église et en Dieu, au-delà des doutes, des blessures et des incertitudes car « l’espérance ne déçoit pas » (Rm 5,5) et elle est habituée aux situations de crise.  

Que l’Esprit Saint nous conduise, avec tendresse et courage, sur les routes inattendues de l’Évangile !  

Père Benjamin Osio, CSSp.

 

Les Œuvres Pontificales Missionnaires en Haïti : charité et évangélisation difficiles

Récemment, le père Clarck De la Cruz, Directeur national des Œuvres pontificales missionnaires en Haïti avait invité tous les directeurs diocésains et tous les catholiques à s’unir dans une action commune au profit des victimes du covid 19 en organisant une collecte de financements. La population avait très bien compris le sens de cette initiative ecclésiale et missionnaire. Malheureusement, bloqués chez eux, personne n’a pu s’investir.

Le père Clarck se désole : « Cette pandémie plonge de nombreuses familles dans une profonde tristesse dont les traces resteront imprimées dans la vie de tout haïtien. Trop nombreux sont les problèmes à résoudre : la faim des familles, celle des jeunes et des nombreux enfants indigents qui pleurent sans cesse.  Comment pouvons-nous donc proclamer la Bonne Nouvelle du Christ à des personnes affamées de pain matériel, à des personnes qui attendent que leurs préoccupations se transforment en joie mais qui en réalité n’ont aucune espérance de jours meilleurs ? » En savoir plus >>

 

 

HAITI 🇭🇹

La dictature de François Duvalier a persécuté les Haïtiens et les Spiritains  visant à faire fuir les missionnaires pour les remplacer par un clergé soumis au pouvoir. Accusés de sympathies communistes, les prêtres spiritains ont du quitter Haïti en 1969.

Mais l’œuvre des Spiritains s’est poursuivie : ils accompagnent la diaspora des Haïtiens dans les quartiers populaires et déshérités de Brooklyn. Délaissant le confort que procure le standard états-unien, ces « Haïtian Fathers » mettent en pratique l’esprit qui anime dorénavant le clergé latino-américain, défini par la conférence de Medellin en septembre 1968 : comme l’évangile s’adresse prioritairement aux pauvres, il s’agit de s’installer parmi eux et partager leur condition. En décembre 1986, la chute de Duvalier permet aux Spiritains de regagner Haïti. Leur retour produit un renouvellement de la pastorale.

Les persécutions et privations de liberté supportées par les Haïtiens pendant cinquante ans ont forcé les missionnaires à s’engager pleinement auprès d’eux et endurer les mêmes souffrances. La nature non plus ne leur fait pas de cadeau. Les Nouvelles Spiritaines rapportent sobrement le bilan tragique de la catastrophe survenue en janvier 2010 : le séisme a fait 230 000 morts, 300 000 blessés et 1,2 million de sans-abri.

Pour aller plus loin : Émile Jacquot / Les Spiritains en Haïti (1843-2003) ; d’Eugène Tisserant (1814-1845) à Antoine Adrien (1922-2003). Paris, Karthala, coll. Mémoire d’Églises, 2010, 342 p.

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